Affaire Quentin : Manuel Bompard exclut toute sanction contre Raphaël Arnault

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 19/02/2026
Raphael Arnaud
abacapress
Alors que deux collaborateurs du député LFI Raphaël Arnault ont été interpellés dans l’enquête sur la mort de Quentin Deranque à Lyon, Manuel Bompard affirme que l’élu « ne sera certainement pas » exclu ni suspendu du groupe insoumis à l’Assemblée nationale.

La pression monte, mais la réponse est claire. Après plusieurs jours de polémique à l’Assemblée nationale, Manuel Bompard a tranché : Raphaël Arnault ne sera « certainement pas » exclu ni suspendu du groupe La France insoumise. Une déclaration qui intervient alors que deux collaborateurs du député sont visés par l’enquête sur la mort de Quentin Deranque à Lyon.

Une affaire judiciaire qui déborde sur le terrain politique

Tout part des violences survenues le 12 février à Lyon, en marge d’un rassemblement politique. Quentin Deranque, 23 ans, est grièvement blessé lors d’une rixe. Il décède deux jours plus tard à l’hôpital. Le parquet ouvre une information judiciaire pour homicide volontaire.

Dans les jours qui suivent, plusieurs interpellations ont lieu. Parmi les personnes placées en garde à vue figurent deux assistants parlementaires de Raphaël Arnault ainsi qu’un ancien stagiaire. Les enquêteurs cherchent à établir le rôle précis de chacun dans les violences.

À ce stade, le député du Vaucluse n’est ni mis en examen ni entendu comme suspect. Mais le simple fait que des membres de son équipe soient impliqués suffit à faire basculer l’affaire dans une autre dimension : celle de la responsabilité politique.

Très vite, les oppositions s’engouffrent dans la brèche. Des élus de droite et d’extrême droite estiment qu’un député dont les collaborateurs sont soupçonnés dans une affaire aussi grave devrait, au minimum, se mettre en retrait. Certains évoquent une question « d’exemplarité », d’autres parlent d’un signal à envoyer.

« Il ne sera certainement pas exclu »

La réponse de Manuel Bompard ne s’est pas fait attendre. Invité sur franceinfo, le coordinateur de La France insoumise a fermé la porte à toute sanction interne. « Il ne sera certainement pas exclu », a-t-il déclaré à propos de Raphaël Arnault.

Pour LFI, la ligne est simple : aucune décision politique ne peut être prise sans élément judiciaire visant directement l’élu. Manuel Bompard a insisté sur un point : un député n’est pas pénalement responsable des actes commis par ses salariés dans leur vie privée. Tant que la justice n’a pas établi de responsabilité personnelle de Raphaël Arnault, il n’y a pas lieu de le sanctionner.

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Cette position vise aussi à éviter ce que le mouvement considère comme un emballement. En interne, certains insoumis redoutent qu’une suspension précipitée soit interprétée comme un aveu implicite. La direction préfère temporiser et rappeler la présomption d’innocence.

Une opposition vent debout

Face à cette fermeté, les critiques redoublent. Le Rassemblement national et plusieurs élus Les Républicains dénoncent un « deux poids, deux mesures ». Selon eux, La France insoumise s’est souvent montrée intraitable dans d’autres affaires politiques, réclamant démissions et mises en retrait rapides.

Dans les couloirs de l’Assemblée, le sujet revient régulièrement. Chaque intervention des députés insoumis sur les questions de sécurité ou de violences politiques est désormais accompagnée de rappels à l’affaire. L’atmosphère est électrique.

La majorité présidentielle adopte une position plus prudente, appelant à laisser la justice travailler. Mais en coulisses, certains reconnaissent que l’affaire fragilise politiquement LFI, déjà régulièrement accusée d’ambiguïtés sur la question des violences militantes.

Une question plus large sur les collaborateurs parlementaires

Derrière la bataille politique se cache un débat plus structurel. Les collaborateurs parlementaires sont recrutés directement par les députés, qui en sont les employeurs exclusifs. L’administration de l’Assemblée nationale n’intervient pas dans ces choix. Ce fonctionnement garantit l’indépendance des élus, mais il rend aussi ces derniers plus exposés en cas de scandale.

Faut-il pour autant considérer qu’un député est politiquement responsable des actes commis en dehors du cadre professionnel par ses assistants ? La question divise profondément.

Pour Manuel Bompard, la réponse est non. Pour ses adversaires, la responsabilité morale dépasse le strict cadre judiciaire.

Une chose est sûre : tant que l’enquête sur la mort de Quentin Deranque n’aura pas livré ses conclusions, la polémique ne retombera pas. Et la décision de maintenir Raphaël Arnault au sein du groupe LFI continuera d’alimenter les débats dans l’hémicycle comme sur les plateaux télévisés.

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