Bétharram : pourquoi ce nouveau viol présumé échappe à la prescription

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 06/02/2026
betharram
Istock
Ce jeudi, un ecclésiastique a été mis en examen pour viol dans le cadre de l'affaire Bétharram, marquant une nouvelle étape judiciaire pour les victimes malgré le poids de la prescription.

L'enquête tentaculaire autour de l'institution Notre-Dame de Bétharram connaît un nouveau rebondissement. Alors que des centaines d'anciens élèves dénoncent des abus, la justice se heurte souvent au mur du temps. Cette nouvelle décision du parquet de Pau, confirmant l'existence de poursuites pénales viables, offre une percée significative pour l'accusation.

Un nouveau suspect face à la justice

Le dossier s'épaissit avec une annonce majeure survenue ce jeudi 5 février 2026. Selon le parquet de Pau, un deuxième homme a été mis en examen dans ce dossier tentaculaire. Il s'agit d'un ecclésiastique né en 1963, poursuivi pour « viol par personne ayant autorité », comme le rapporte CNews.

La victime présumée, née en 1981, était collégien au moment des faits. D'après La Croix, cet ancien élève dénonce un viol survenu « à une seule reprise » entre 1993 et 1996 au sein de l'établissement Notre-Dame de Bétharram. Le suspect, un sexagénaire qui n'avait « jamais été entendu » dans cette procédure avant son placement en garde à vue le 3 février, se retrouve désormais au cœur de l'instruction.

La situation judiciaire du mis en cause suscite déjà des remous. Alors que le parquet avait requis son placement en détention provisoire, le juge des libertés et de la détention (JLD) en a décidé autrement. L'ecclésiastique a été placé sous contrôle judiciaire, une décision similaire à celle prise la veille pour un premier mis en examen, un ancien surveillant, note L'Info.re.

Prescription et autorité : le défi juridique

Cette nouvelle mise en examen constitue une exception notable dans un dossier marqué par l'ancienneté des faits. L'enquête porte en effet sur une période s'étalant de la fin des années 1950 aux années 2000. Sur les près de 250 plaintes recensées par la justice, l'immense majorité (plus de 220) concerne des faits pénalement prescrits, rendant les poursuites impossibles selon La Croix.

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C'est ici que réside l'importance de ce cas précis : les faits, commis entre 1993 et 1996, ne sont pas couverts par la prescription. Ils permettent à la justice d'agir. La qualification retenue, celle de « personne ayant autorité », est centrale. Elle souligne l'abus de pouvoir de l'ecclésiastique sur l'élève et permet juridiquement d'aggraver la peine encourue tout en influant sur les délais de prescription pour les mineurs.

L'institution elle-même, établissement privé catholique sous contrat, se retrouve plus que jamais dans la tourmente. Les ramifications de l'affaire dépassent le cadre local et font l'objet d'une attention politique soutenue, notamment via une commission d'enquête parlementaire citée par L'Info.re.

La colère des victimes et la suite de l'enquête

Pour les parties civiles, la décision de laisser les suspects libres constitue un coup dur. Les victimes expriment leur inquiétude face à ce double contrôle judiciaire, alors que les attentes de fermeté sont immenses. De son côté, le deuxième ecclésiastique a « contesté les faits criminels qui lui sont reprochés » lors de ses auditions, précise Actu Orange.

Les investigations se poursuivent désormais sous l'égide d'un juge d'instruction. La priorité reste de consolider les rares dossiers non prescrits — seules deux plaintes permettaient jusqu'ici des poursuites — afin d'aboutir à un procès.

En parallèle de l'action judiciaire, la sanction institutionnelle est déjà tombée. La fermeture définitive de l'établissement, devenu Le Beau Rameau, a été annoncée en janvier 2026. Une décision perçue par certaines victimes comme une « victoire symbolique », alors que la commission parlementaire continue ses travaux pour prévenir de telles dérives à l'avenir.

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