Quelques réflexions sur la question des harkis

M. Hollande, contrairement à ses prédécesseurs, a décidé de célébrer l'anniversaire du 19 mars 1962 date du cessez-le-feu en Algerie après la signature des accords d'Evian signés la veille. Ces derniers vont aboutir après plusieurs mois d'anarchie et d'horribles exactions à l'indépendance de l'Algerie déclarée le 5 juillet 1962 en allusion à l'occupation d'Alger le 5 juillet 1830.

Alors que la France, comme la Belgique en ce moment, a vécu en 2015 de terribles attentats et que le pays est déclaré en état d'urgence, cette cérémonie célébrée par le président de la Republique a ravivé de douloureuses blessures et on a assisté à la protestation d'associations rapatriées pieds noirs et harkis. Car ces accords n'avaient pas été respectés et la date du 19 mars 62 marque pour eux le début des assassinats et des massacres dans une totale confusion alimentée également par les attentats de l'OAS (organisation Armee secrète).

Depuis 1962, la communauté harkie a le plus grand mal à se stabiliser et elle est traversée par de multiples doutes. Les politiques misent en place depuis son arrivée en France n'ont pas apporté de réponses aux attentes et beaucoup d'Harkis se sentent désabusés par des promesses politiques jamais respectées.

Sur le plan politique :

Avec l’élection de M.Hollande de nombreuses familles de harkis avaient fondé l'espoir qu’il allait intervenir dès le départ de son mandat présidentiel pour demander au Parlement d’adopter une loi sanctionnant la promesse écrite qu’il avait faite le 5 avril 2012 avant son élection.

Voici cet écrit : "Si le peuple français m’accorde sa confiance, je m’engage à reconnaître publiquement les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, le massacre de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil des familles transférées dans des camps en France".

Pour l’instant cette loi de la reconnaissance n’est toujours pas à l’ordre du jour.

Auparavant c’est M. Sarkozy qui avait fait la même promesse mais sans résultat. Voici sa déclaration publique faite le 31 mars 2007 :

"Si je suis élu président de la république, je veux reconnaître la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre des harkis en 1962, et je le veux afin que l’oubli ne les assassine pas une deuxième fois".

Les familles harkis sont toujours en attente de ses promesses politiques jamais tenues.

Sur le plan de l’enseignement et de la mémoire :

Autre souhait c’est de voir aussi les universités s'intéresser à l’étude de leur passé. Si ce travail de recherche est entrepris, il inciterait au développement d'un programme d'enseignement scolaire de cette histoire. Parallèlement, il serait mis en œuvre la préservation de cette mémoire et l'étude des anciens sites et leur inventaire afin de classer comme monuments historiques tous les lieux d’accueil, véritables camps d’internement.  

La loi de reconnaissance du drame des harkis :

La communauté des harkis demande que soit entrepris un travail sur la reconnaissance par la nation de l’Histoire des français musulmans rapatriés et harkis qui serait un acte symbolique de solidarité et de concorde. Une telle demarche permettrait de donner une place définitive et reconnue aux femmes et aux hommes rapatriés et à leurs familles.

Une communauté toujours en attente de mesures concrètes :

Aujourd’hui, beaucoup d'harkis témoignent de leur profonde déception et de leur grande affliction sans renier leur histoire. Pourtant, ils ont mis toute leur confiance dans les politiques annoncées en leur faveur et etendue à l'ensemble des rapatriés mais jamais totalement actées.

La politique mise en place en 2014 avec le "groupe des 12" sous l’ancien secrétaire d’Etat M. Kader Arif, qui avait été par la suite démissionné mais qui est resté député, n'a pas apporté les réponses attendues.

Ce groupe n'a pas oeuvré sur des projets solides et sérieux. Ses propositions minimalistes sont de peu d’effet et il a aussi fait preuve d'un manque criant de communication en direction des concernés.

Le travail reste à faire :

Il est nécessaire que soient réunies rapidement des personnes intègres et compétentes afin de discuter franchement des difficultés qui entravent actuellement l’évolution de la communauté harkie rapatriée. Il existe un fort désir en son sein de participer activement à ce travail pour œuvrer dans la concertation et répondre enfin aux attentes des Français musulmans rapatriés et harkis.

Le devoir de reconnaissance :

La République s’honorerait en reconnaissant la responsabilité de l’Etat français dans l’abandon et le massacre des harkis après le cessez-le-feu en Algérie du 19 mars 1962. Cette date marque le désarmement des harkis, soldats supplétifs de l’armée française, ensuite abandonnés et qui vont être lâchement massacrés par dizaines de milliers (150 000 morts selon un document de l’état-major / voir un précédent article publié ici sur Planet intitulé "Le 12 mai 1962 : l'abandon des harkis").

Les rescapés furent accueillis de nuit dans des lieux d’accueil appelés camps de transit.

Voici ce qu'écrivait en septembre 1962 dans son livre Mon pays la France le Bachaga Boualam (ancien combattant 39/45, commandant, Commandeur de la légion d'honneur à titre militaire, ancien député, ancien vice-président de l’Assemblée nationale) :

"Je ne suis ni de droite ni de gauche, je ne suis pas un homme politique, je ne suis pas un écrivain. Pour le rester, Français, j’ai tout abandonné en Algérie, les miens, mes fidèles, mes biens, mes terres".

Le drame des harkis est une terrible tragédie dans l’Histoire de France.

En vidéo sur le même thème : 19 mars 1962, fin de la guerre d'Algérie ?

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