Pour une nouvelle diplomatie

La signification des attentats du début de l’année doit conduire à s’interroger sur quasiment tous les domaines de l’action publique. Notre diplomatie n’y échappe pas. Conduite pendant des années par des diplomates chevronnés, elle a récemment beaucoup concédé aux mirages de l’humanitaire et du politiquement correct. Sans vouloir tout absoudre, il est temps de revenir à une politique étrangère équilibrée, réaliste, tenant compte des réalités historiques de chaque pays.

La France, vieux pays chargé d’histoire, a depuis des siècles une politique étrangère qui lui est propre. Fondée sur sa situation géographique et l’histoire de ses relations avec ses voisins immédiats (l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne Rhénane et l’Autriche), elle s’est forgée au gré des alliances nouées et de la formation des empires coloniaux. Après la guerre perdue avec la Prusse en 1870 qui déboucha sur la naissance de la IIIème République et la confortation du modèle républicain, c’est l’Entente cordiale avec la Grande-Bretagne (qui fut notre ennemi millénaire) et l’Alliance franco-russe qui dominent le théâtre européen, à la fin du XIXème siècle. Ces deux alliances, prolongées outre-Atlantique, nous permirent de sortir vainqueurs des deux conflits mondiaux du XXème siècle grâce à l’intervention décisive des Etats-Unis.

Depuis lors, la réconciliation franco-allemande voulue par le général de Gaulle et consacrée par le traité de l’Elysée de 1963, a permis de bâtir l’Europe communautaire. L’effondrement des régimes communistes en Russie puis en Europe - symbolisée par la chute du mur de Berlin - marqua le début des difficultés pour notre diplomatie, d’autant plus qu’elle s’accompagna de l’émergence de nouvelles puissances comme le Brésil ou l’Inde sans oublier l’ascension fulgurante de la Chine communiste que la France fut la première à reconnaître en 1964.

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La diplomatie française doit se mettre "au service de nos intérêts"

Alors que faire dans ce monde multipolaire où la France apparaît comme une puissance économique d’un rang moyen tout en conservant une armée opérationnelle dotée de la dissuasion nucléaire ?

Avant tout, elle doit mettre sa diplomatie au service de nos intérêts, protéger nos approvisionnements à travers la sécurisation des routes maritimes ou de certains territoires (cf. les mines d’uranium situées au Niger) enfin d'assurer la sécurité de nos ressortissants répartis un peu partout dans le monde. À ces objectifs, j’en ajouterai deux : la mise en valeur des ressources minérales et halieutiques de notre domaine maritime (le second au monde par son importance) et la protection des minorités chrétiennes dont une grande partie est liée à l’histoire de notre pays.

Une fois ces choix effectués et assumés et qui selon moi -s’ils sont clairement expliqués - devraient recevoir l’assentiment d’une large majorité de nos concitoyens, il conviendra d’en tirer les conséquences, à savoir qu’on ne peut pas - dans le village planétaire qu’est devenu le monde actuel - répondre à toutes les sollicitations. Comme ce fut le cas dans le passé, une réelle répartition des tâches entre les grandes démocraties s’impose : si la France - et elle n’a jamais cessé de le faire - est traditionnellement engagée en Afrique, et les Etats-Unis en Amérique Centrale, les autres pays européens comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne ne peuvent rester inertes.

Au Nigéria, ce serait à la diplomatie britannique d’agir pour mettre fin aux exactions de Boko Haram. A contrario, l’intervention franco-anglaise en Lybie reste l’exemple à ne plus reproduire. Si Khadafi était un satrape grotesque, il assurait l’unité d’un pays qui n’a jamais été une démocratie mais une contrée aux frontières fluctuantes, dominée par quelques tribus.

L'intervention de Hollande en Syrie en 2013 était une "profonde erreur"

Je le répète : la recherche d’une cohérence de notre action diplomatique fondée en premier lieu sur la défense de nos intérêts et en second lieu sur la pérennité de nos alliances historiques doit être une priorité. À cet égard, la volonté d’intervenir de François Hollande en Syrie en 2013 était une profonde erreur : chacun sait aujourd’hui que certaines des armes livrées aux opposants d’Assad sont aujourd’hui dans les mains de l’Etat Islamique (Daech).

"Vers un Orient compliqué, je volais avec des idées simples"... Cette célèbre phrase du général de Gaulle en partance vers le Liban où il fut affecté de 1929 à 1931 doit aujourd’hui s’appliquer à l’ensemble de notre politique étrangère, qui doit être fondée sur la raison et non sur l’émotion !

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