Elections départementales : la pollution médiatique

En janvier, près de 4 millions de Français ont défilé, toutes opinions politiques confondues, pour la liberté de l’information et contre la barbarie islamiste. Deux mois plus tard, à l’occasion des élections départementales, le FN multiplie les réquisitoires contre l’UMPS, l’UMP par la voix de son président Nicolas Sarkozy dénonce le FNPS et le Premier ministre Manuel Valls s’insurge contre les propos du FN : "racistes, xénophobes, homophobes, sexistes". Les medias relaient avec gourmandise ces affrontements. La cohésion nationale manifestée le 11 janvier peut-elle survivre à ces exécrations? Arrêt sur images.

La France est-elle aujourd’hui coupée en deux, en trois ou carrément menacée d’implosion ?

Les élections ont toujours été marquées par l’affrontement des partis, des personnes et des idéologies. Ce qui est nouveau, c’est que dans un climat international conflictuel où les incendies s’allument sur tous les fronts, des élections locales dont l’enjeu est peu visible puisque personne ne sait aujourd’hui quel sera le rôle de ceux qui vont être élus, donnent lieu à de furieux combats comme si la France était en croisade contre elle-même. Les insultes qui pleuvent sans ménagement  –"tract ambulant du FN", "déchets de la pensée humaine"– obscurcissent le ciel politique comme les javelots des armées combattantes dans l’antiquité. Quand à une élue FN qui avait dénoncé son "mépris crétin", un Premier Ministre répond : "Jusqu’au bout je mènerai campagne pour vous stigmatiser et pour vous dire que vous n’êtes ni la République, ni la France" (Assemblée nationale, 10 mars 2015), que reste-t-il de cet appel à "dépasser les clivages" et de ce "vivre ensemble" qu’il préconise ?

Pas un jour sans sondage. Pas une émission  sans déclaration fracassante relayée avec complaisance, avec la présence d’experts pour la déplumer, et de porte-flingues pour la sulfater.  Les medias jouent-ils le rôle de pompiers pyromanes ?

Les medias s’engavent à l’information. Quand elle n’existe pas, ils la créent pour racketter une audience maximum. Ce sont eux qui commanditent les sondages, qui traquent les politiques pour obtenir le scoop, la phrase assassine qui fera le buzz, qui multiplient les débats avec des spécialistes carnassiers  et les vidéos-trottoirs avec  des témoignages bichonnés. Et qui, après l’instrumentation de ce tohu-bohu, s’indignent vertueusement du désintérêt de l’opinion publique pour les joutes électorales.

Existe-t-il une alternative à cette pollution médiatique ?

Nombre de journalistes qui se disent indépendants ne font que reprendre les dépêches de l’AFP qui sont parfois fallacieuses ou orientées comme on l’a vu dans de récentes affaires. On aurait pu penser que la toile où les médias alternatifs et les citoyens s’expriment avec une relative liberté constituerait un contrepouvoir. Mais les organismes qui souhaitent jouer un rôle de veille critique comme l’Office des Journalistes et de l’Information Médiatique (www.ojim.fr) ou la fondation Polemia (www.polemia.com) qui vient d’organiser ses "Bobards d’or" sont souvent considérés comme étant très à droite. A gauche et à l’extrême gauche, il existe également une critique des médias par exemple dans le Bondy Blog hébergé aujourd’hui par Libération (http://bondyblog.liberation.fr) et animé essentiellement par des journalistes d’origine maghrébine ou africaine qui se veut "la voix des quartiers sensibles". Ses animateurs sont beaucoup plus écoutés par les pouvoirs en place et fréquemment invités sur les plateaux. Mais cette bienveillance s’arrête dès que des organismes contestataires  sont suspectés de combattre la conception officielle de la  laïcité comme le Parti des Indigènes de la République (http://indigenes-republique.fr) voire de propager l’islamisme comme Convertis-al-islam.fr.

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La campagne gouvernementale sur les ondes, les écrans et dans les journaux pour inciter les Français à voter n’est-elle pas légitime ?

Une campagne est toujours légitime pour ceux qui l’orchestrent. Souvenons-nous de l’affiche culte de 1958 du Front d’Action Civique contre l’abstention "Votez Oui , Votez Non mais Votez" les trois "V" de "Votez" imageaient les deux bras levés du général de Gaulle. Aujourd’hui, le gouvernement est persuadé que l’abstentionnisme profite à ses adversaires et que plus la participation sera importante, moins sa défaite sera cuisante. Il fait donc feu de tout bois. Au risque de se prendre un retour de flamme ou de bâton. L’analyse des campagnes de mobilisation citoyenne depuis 1958 montre qu’elles ne portent leurs fruits que si l’opinion publique est disposée à un changement radical et prête à la levée en masse pour un "Non à" ou un "Oui à". Par ailleurs en chauffant à la fois partisans et adversaires, elles contribuent à accentuer les clivages.

Le matraquage médiatique sur le FN premier parti de France est-il contre-productif ?

La peur du loup est communicative. Sauf qu’à force d’entendre  crier "au loup !", personne ne vous croit plus. L’appel au sursaut républicain peut fonctionner quand il y a péril en la demeure. On l’a vu le 11 janvier. Mais qui peut vraiment croire que la conquête d’un ou deux départements par le FN menace l’existence de la République ? La stratégie de communication des anti-FN comporte un double risque. Le premier, souvent dénoncé, est celui d’installer le FN au centre de cette élection. Marine Le Pen est devenue la star du show électoral. Elle n’a pas besoin de faire campagne puisqu’on ne parle que d’elle. Le second, plus dangereux, est de suggérer à l’opinion publique que si on  stigmatise le FN, c’est parce qu’on n’a rien d’autre à proposer. Ni les actifs de trois ans de gouvernement. Ni une alternative crédible à la politique menée pendant ces trois ans.

Prédire à coups de sondages renouvelés la "Bérésina" du PS n’est-ce pas l’exorciser ? ou  au moins en atténuer l’effet ?

C’est sans doute le rêve du pouvoir et de ceux qui le soutiennent. Comme la gauche gardera probablement le pouvoir dans une partie non négligeable des assemblées départementales comme on le verra lors de l’élection des présidents, et que d’autres, conquises par la droite risquent de se révéler vite ingouvernables en raison des divisions de ses élus, ils pourront toujours faire valoir que c’était moins pire que ce qui avait été annoncé. Sauf qu’on ne compare pas des résultats avec des prévisions mais avec des résultats antérieurs. Et que se boucher les oreilles n’a jamais constitué une politique.

Conclusion ?

Il y a un risque que cette pollution médiatique soit perçue comme  infantilisante et lassante par une opinion publique dont elle a essayé de formater les comportements sous prétexte de défense des valeurs et de réveil des consciences. Réponses les 22 et 29 mars en trois  chiffres. Qui s’est déplacé pour voter ? Qui a voté blanc ? Qui a été élu ?

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