Déchéance et Taubira

Pauvre France ! La déchéance de sa représentation nationale et de son chef a atteint des profondeurs abyssales. Le bateau coule : la dette et le chômage ont échancré les deux tiers de la coque. Et nos députés pinaillent sur le sexe des anges : la déchéance de nationalité.

Tout le monde reconnaît qu'une telle mesure ne sert absolument à rien. Et pourtant, c'est ce rempart que François Hollande a brandi contre la barbarie, devant un congrès embrasé, qui l'a applaudi debout, Taubira y compris. C'est ce même délire qui enflamme encore l'hémicycle. On a pu croire, un instant, qu'un clash majeur allait secouer notre docte assemblée. Mais c'était sans compter sur le génie de nos énarques. Il a suffi de supprimer une phrase, qui ne modifie en rien l'effet de la loi, pour accoucher d'un radeau.

Certes, droite et gauche maintiennent l'insoutenable suspense. Ce n'est plus la déchéance, mais l'identité nationale qui est devenue la voile de fortune, ou d'infortune. Le radeau ne coule pas encore, mais il est paralysé au cœur du "Pot au noir". Fillon conseille de voter non ; Sarkozy le tance et assure que l'avenir est au oui. Tous les arguments sont de sortie, y compris l'absence : un hémicycle aux deux tiers vide, le lundi 8 février, pour le vote de l'article 1 d'une loi qui porte sur une révision constitutionnelle. Le mardi 9, tout repart : tout un chacun sort ses tripes. Le vote de l'article 2, avec 14 voix d'avance, est une victoire à la Pyrrhus : rien n'est acquis pour le vote final par le congrès.

La France, médusée, s'interroge : sont-ils devenus fous ?

Non, pas tous. Après avoir épuisé quatre chefs de cabinet, madame Taubira a profité de la panique générale pour quitter le Titanic en se jetant dans une chaloupe et en se justifiant à l'aide d'un livre fort émouvant. Sa seule motivation affichée est de sauver son bébé, le refus de cautionner le texte de loi qu'elle a elle-même signé le 23 décembre en tant que garde des sceaux. Quelle classe !

Pour autant, en fin de "Murmures", elle ne lésine pas sur les éloges du capitaine : il se verra peut-être encore confier le gouvernail. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.madame Taubira nous propose-t-elle une amorce de programme ? Surtout pas. Disserter sur Daech et la déchéance de nationalité lui suffit pour emplir presque une centaine de pages. Rien d'utilisable, ne serait-ce que pour comprendre. Mais un exercice de slalom, à base de citations hétéroclites, digne d'un championnat du monde de canoë-kayak. Une virtuosité fascinante, ou ennuyeuse, c'est selon.

Dans l'Histoire récente, d'autres aussi ont su fasciner les foules en quête de boussole : la loi m'interdit de dire à qui je pense. J'ose seulement susurrer mon espérance que madame Taubira n'ait jamais de véritable pouvoir : il paraît que rien n'est moins sûr.

PS : vous avez noté que j'évite d'utiliser le vocable "pirogue" : depuis "L'oreille cassée", ce terme, comme le mot banane, est devenu à consonance raciste.

En vidéo sur le même thème : Déchéance de nationalité :  qui décide de déchoir ? 

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