Bleu-Blanc-Bof

Bye-bye l'appel du 18 juin et son message couillu, ciao le K-Way vendu jusqu'au pôle Nord, salut Brigitte Bardot et ses fans jusque dans le cosmos. Avec un taux de chômage à faire flipper et des idées en berne, la France galère. La faute à qui ? À des hommes politiques carrément nuls, à une économie qui sent le vieux et à des artistes qui ne rayonnent plus. En gros, comment la DS Pallas de la France, arrivée pleine bourre, a raté le virage de l'an 2000.

22 septembre 81, gare de Lyon. Sur un quai noir de monde, François Mitterrand inaugure la ligne de TGV Paris-Lyon. Orange, avec une cocarde bleu-blanc-rouge sur le pif, les rames 17 et 18 ont décroché le record du monde de vitesse sur rail. A l'époque, le TGV met 2h40 pour aller à Lyon et deux ans plus tard, ce sera même 2h. Pic du voyage: à 260km/h, le Président rentre dans la cabine du conducteur et se fait expliquer où est la boite à gants et le pschit-pschit pour les vitres. A son arrivée, devant une fanfare qui joue la Marseillaise, des acheteurs du monde entier passent commande et signent des chèques gros  comme  Le  France.  30 ans plus tard,  le TGV,  c'est quoi ? Bah, un train qui va vite. Question: où sont passés les ingénieurs qui chiaient des 205 et des Minitel comme une colo après une soirée chili ? "Bien sûr qu’on est leaders dans le luxe, les carrés de soie et tout ce qui se mange. Mais c'était la même chose il y a cent ans ! C'est un constat absolument sans intérêt. J'ai vu LVMH et PPR qui se gargarisent de leurs résultats: les parfums, la maroquinerie, les mallettes Vuitton... Les mallettes Vuitton ! C'est un produit qu'on pouvait fabriquer au Moyen-Age: on abattait une vache, on tannait sa peau et quelques jours après, on avait un sac !" : Roland Moreno, l'inventeur de la carte à puce. Et justement, inventer, la France ne sait plus.

C'est vrai qu'il est loin le temps du Be-bop et du fromage sans matière grasse. On va pas se mentir, le Sopalin, les Post-it et Excel, c'est-à-dire les trucs utiles, c'est pas nous. Nous, c'est plutôt un taux de chômage à deux chiffres depuis dix ans, un déficit commercial à 65 milliards d'Euros et cette molasse de Montebourg qui tente de fourguer des marinières et des Moulinex dont personne ne veut. Pour l'innovation, tu repasseras. Pour la niaque aussi. "Je me souviens d’un colloque aux Etats-Unis. Au bout d’une heure, je me faisais chier. Je suis sorti de la salle de conférences et j’ai vu qu’il commençait à pleuvoir. Je me suis approché de la porte d’entrée. En cinq minutes, j’avais devant moi trois vendeurs de parapluie !" Pourtant, entre 1950 et 2000, la France est dans le vent: elle pond le Cinémascope, la poêle en Teflon, le verre progressif, le digicode, le vaccin contre l'hépatite B, le DivX et j'en passe. Mais depuis, peau de balle... En gros, c'est pas demain qu'on reverra Tapie faire du sport chez Tou-tou-you-tou. D'ailleurs, comme dit la punchline de l'année: notre pays n'est pas compétitif. Autrement dit, on se fait doubler, entre autres, par les Chinetoques et les Allemands. Des Allemands qui vendent cher mais haut de gamme. Des Chinois qui vendent bas de gamme mais pas cher. Et la France, bah... moyenne, entre les deux. Résultat, Peugeot, avec ses demi-bagnoles, est au bord de déposer le bilan. Jean Michel Hieaux est vice-Président d'Havas Worldwide et vient de finir La France en panne d'envie : "Avec la mondialisation et l'arrivée des anciens pays du Tiers-monde, le marché s'est ouvert et nous sommes restés hypnotisés. Comme on n'a pas l'habitude d'être dans un jeu ouvert, on essaye de conserver les anciennes règles et un certain protectionnisme. Nous vivons encore sur des vieux schémas culturels et intellectuels totalement dépassés." Genre, le repos le dimanche ? "Cette histoire prouve qu'on n'est pas prêt à affronter le 21ème siècle. Voir des employés pleurer parce qu'on les empêche de travailler, c'est impensable! On devrait encourager l'aventure, la conquête, la légèreté et l'imagination... Pourtant, on est guidé par l'interdiction, le béton et la peur. Les jeunes ont envie de créer mais on n'arrête pas de leur dire qu'ils n'ont pas le droit."  Une  tendance  qu'on retrouve  aussi ailleurs,dans les arts par exemple. "On peut ne pas aimer The Dark Knight, Skyfall, ou le dernier Iron Man. Mais il faut bien reconnaître qu'ils sont portés par une ambition dont, à de rares exceptions près, les superproductions françaises sont dépourvues." Jordan Mintzer est le correspondant du Hollywood Reporter à Paris. Dernier Oscar du meilleur film pour une production frenchie: Missing de Costa Gavras en... 83. "C'est la tendance du cinéma commercial français: des scénarios génériques, des personnages caricaturaux, une mise en scène scolaire et un déni de tout réalisme. En bref, Jules et Jim a engendré Boule et Bill." Ouch!

Une France peureuse, en panne d'idées, d'accord ! Mais la faute à qui ? À la crise ? Nein ! À nos hommes politiques, "leaders" en américain. On a beau chercher, difficile de trouver des élus qui donnent foi en l'avenir et mobilisent les troupes. Et pour cause, ils sont dépassés. Pour Jean-Marc Sylvestre, journaliste : "Les politiques aujourd’hui n'ont pas la compétence pour comprendre les dossiers complexes. Les problèmes les plus importants sont économique et social. Combien de responsables politiques, députés, sénateurs ou ministres ont travaillé dans l'entreprise ? Combien ont voyagé à l’étranger ? Très peu." La preuve : ils sont nuls en anglais. Dernière sortie classieuse ? Villepin à la tribune de l'ONU, dans un français magistral, qui dit aux Américains d'aller se faire cuire le cul pour la guerre en Irak. Et un tonnerre d'applaudissements consulté chaque minute sur YouTube. Problème, ça date de 2003. De plus, l'homme politique de chez nous n'est pas là pour trouver des remèdes à la crise. Pour ça, il y a Coluche et les Restos du cœur. Non, l'homme politique made in France est là pour être... réélu -donc toucher son salaire, rouler gratos en Laguna et se faire payer sa formule entrée-plat-dessert chez Bébert, le roi du couscous. "En France, la politique est un métier. Et pour garder son job, l'homme politique doit faire plaisir à ses clients, à ses électeurs. D'où le programme et les promesses généreuses. Faute de résultats, il fera des promesses encore et toujours et multipliera les boucs émissaires en cas de non-résultats." Sans parler des affaires, de DSK à Cahuzac en passant par Bettencourt : une cinquantaine depuis 2000, soit une tous les trimestres, comme les bulletins scolaires. Total, d'après une enquête LH2 pour le NouvelObs', 70% des Français pensent que leurs hommes politiques sont malhonnêtes. Ah ouais ? Et les médias dans tout ça, ils secouent le cocotier ? Non. Entre la TNT qui balance Louis la brocante et ses kilos d'Enquêtes exclusives avec la voix qui fait peur et la presse qui publie ses unes sur les Franc-Maçons ou le classement des hostos, il n'y a pas plus d'idées. Pour s'en sortir, il faudrait donc une révolution. Une révolution française. Rien de neuf, quoi.

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