François Thierry, ancien patron de la lutte antidrogue, fait l'objet de trois enquêtes. Il est notamment accusé d'avoir mis en place un énorme système d'importation de drogue en France... Non sans enrichir ses informateurs.
IllustrationAFP

Scandale des stups : le patron de la lutte antidrogue visé par trois enquêtes

Après avoir été placé en garde à vue pendant trois jours à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), François Thierry – l’ancien patron de la brigade antidrogue, fait désormais l’objet de trois enquêtes judiciaires, rapporte Libération. Ses méthodes et ses liens avec certains de ses informateurs sont pointés du doigt par les juges d’instructions qui soupçonnent le policier d’avoir volontairement laissé passer des tonnes et des tonnes de drogue sans jamais les saisir.

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L’enquête la plus avancée à ce jour, appelée "procédure Avoine", a été ouverte à Lyon pour "infraction à la législation des stupéfiants", "faux et usage de faux en écriture publique" ainsi que "association de malfaiteurs". Deux magistrates ont été entendues en garde à vue. Pour l’instant, ni elles ni François Thierry n’ont été poursuivis. Toutefois, rappelle le journal, leur mise en examen n’est pas impossible.

Hubert Avoine, ancien informateur infiltré a alerté les autorités en portant plainte. Il a collaboré à plusieurs reprises avec François Thierry dont il était proche, d’après le quotidien. En 2012, l’une de ses missions l’envoie en Espagne où il est supposé garder une villa. Il y passe trois semaines et assure avoir vu des policiers français transporter 19 tonnes de cannabis, dans le but d’alimenter le marché hexagonal. En pratique, il s’agit d’une opération montée par l’Office des stups, qui travaille avec Sophiane Hambli – considéré comme le trafiquant de cannabis le plus important d’Europe – depuis 2009 pour identifier les réseaux de revente. Sophiane Hambli, qui officie depuis sa cellule sera d’ailleurs libéré le temps d’une "fausse garde à vue" pour pouvoir négocier une importante livraison en provenance du Maroc. Comme lors de chacune des opérations "Myrmidons", une infime partie est interceptée. Le reste, indique Libération, vient enrichir le trafiquant. Hubert Avoine, pour sa part, déclare avoir payé 32 000 euros pour cette mission.

Scandale des stups : la justice était-elle au courant de ces opérations ?

"Je ne connais pas d’autres informateurs qui aient été gérés aussi étroitement par les services de police que lui avec les services judiciaires. Ont été informés de son identité, et ce dès l’origine, le parquet de Paris et le parquet de Nancy", a expliqué François Thierry. "On s’est adressé à la direction des affaires criminelles et des grâces [DACG] en nommant Sophiane Hambli et en précisant qu’on avait besoin de ce type d’informateurs. Puis la DACG nous a demandé de nous tourner vers le parquet de Paris. Ce parquet était l’unique référent des opérations Myrmidons jusqu’en 2013", poursuit-il. Passé 2013, chaque opération Myrmidon ne fait plus l’objet d’une enquête préliminaire mais seulement d’un signalement au parquet entrant.

Une version qui ne semble pas convaincre le procureur de Paris, François Molins. Il assure, en effet, n’avoir été informé de l’existence de Sophiane Hambli qu’en mars 2015… Le tout, "sans qu’aucune procédure le concernant ne soit transmise ultérieurement", écrit-il dans un courrier versé à la procédure judiciaire.

Le commissaire de police cherche aujourd’hui à faire annuler l’enquête douanière qui a mis à jour ses méthodes, en 2015. Sa défense la juge illégale, indique Libération.

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