OnlyFans, Mym … Le Sénat examine ce mardi une proposition de loi pour créer un délit « d’exploitation sexuelle en ligne »
Le « proxénétisme 2.0 » dans le viseur du Sénat. Ce mardi, la question de la prostitution à l’ère du numérique se retrouve au cœur des débats au Palais du Luxembourg. Portée par deux sénatrices LR, Marie Mercier et Lauriane Josende, cette proposition de loi vise à créer une nouvelle infraction « d’exploitation sexuelle en ligne », punie de sept ans de prison et 150 000 euros d’amende.
La pratique du « caming » dans le collimateur des deux élues
Les deux parlementaires souhaitent lutter contre le « caming ». Si cette pratique connaît actuellement un essor marqué, elle ne date pas d’hier. Elle s’est largement démocratisée pendant la crise du Covid-19 grâce à des plateformes comme OnlyFans et Mym. En quoi consistent ces plateformes ? Elles permettent aux utilisateurs, via un abonnement, d’acheter des photos et vidéos à caractère sexuel ou pornographique, parfois personnalisées.
Les « managers », au cœur d’un business en pleine croissance
Derrière ce phénomène en pleine expansion, des petites mains œuvrent en coulisses. Elles se présentent comme des « managers ou agents ». Ces intermédiaires sont chargés de dénicher des profils de mannequins le plus souvent féminins et de gérer leur compte sur les plateformes comme OnlyFans, Mym et Sexemodel. Leur mission : développer contre rétribution l’activité de ces « modèles ».
Ces « agents » leur font miroiter promotion et visibilité, allant jusqu’à déléguer les conversations privées de leurs abonnés à des « chatteurs ». « Tous les jours, je me réveillais à 11 heures et je créais du contenu jusqu’à 5 heures du matin sans m’arrêter. C’étaient des vidéos personnalisées sur commande à livrer dans l’heure qui suit, parce que les 'chatteurs’, voulaient avoir leurs commissions », explique une créatrice de contenu sur Mym à FranceInfo.
Revoir la définition du proxénétisme
Lauriane Josende, la rapporteure de cette proposition de loi qui entend redéfinir la définition du proxénétisme a qualifié ces intermédiaires de « proxénètes 2.0 ». En France, environ 30 % des créateurs de contenu seraient représentés par un « agent » contre 90 % aux États-Unis pour OnlyFans selon le rapport du Sénat sur cette proposition de loi.
La sénatrice Marie Mercier ambitionne de légiférer l’activité de ces « proxénètes qui se disent managers » et appartiennent à « une chaîne qui se fait des sous sur ces femmes ». « Ce qui ressemble à de l’argent facile peut devenir un piège infernal pour des modèles parfois mineures » qui se retrouvent dans certains cas « menacées, violentées ou harcelées », a déclaré à nos confrères de l’AFP l’autrice de ce texte.
Légiférer à ce sujet est toutefois complexe. Selon la jurisprudence de la Cour de cassation, la pratique du « caming » ne relève pas de la prostitution, en l’absence de contact physique. En 2025, la Suède a interdit l’achat de services sexuels personnalisés en ligne. En clair, les consommateurs peuvent visionner en toute légalité des contenus proposés de manière générique. Néanmoins, il leur est prohibé de payer pour avoir un contenu sexuel spécifique à la demande.