Neige : d'où vient le sel semé sur nos routes et combien ça coûte ?

Publié par Matthieu Chauvin
le 07/01/2026
Désaleuse
Istock
Chaque hiver, des milliers de tonnes d'or blanc sont déversées sur le bitume pour éviter la glissade. Mais d'où vient ce sel providentiel et comment agit-il réellement ? Entre les galeries souterraines de Lorraine et une logistique de l'extrême, plongez dans les coulisses d'un marché capable d'engloutir 100 000 tonnes par jour.
 

C'est un ballet orange et clignotant que nous connaissons tous. Dès que le thermomètre chute, les saleuses entrent en piste pour sécuriser nos trajets. Pourtant, nous nous posons rarement la question de savoir ce qui est réellement épandu sous nos pneus. S'agit-il du même produit que celui qui trône dans votre cuisine ? Pas tout à fait. Ce marché vital repose sur une mécanique de précision où la géologie rencontre l'urgence climatique.

Loin d'être anodin, le salage des routes est une course contre la montre qui mobilise des ressources insoupçonnées, nichées parfois à plusieurs centaines de mètres sous terre. Suivez le guide pour comprendre comment la France garde le contrôle face au givre.

D'où vient l'or blanc de nos chaussées ?

Contrairement à une idée reçue tenace, le sel qui sécurise votre route nationale ne provient pas majoritairement des marais salants de l'Atlantique ou de la Méditerranée. Si le sel de mer, dit "solaire", est excellent pour la table, il reste marginal pour la viabilité hivernale. Pour comprendre l'origine du sel de déneigement en France, il faut regarder sous nos pieds, vers l'Est.

C'est en Meurthe-et-Moselle que bat le cœur de cette industrie. La mine de sel de Varangéville assure une production annuelle colossale, dont environ 90 % est dédiée à nos routes. C'est la dernière mine de sel souterraine encore en activité dans l'Hexagone. Exploitée depuis 1855, "par le groupe Salins, via sa filiale Rock nous apprend Le Figaro", elle extrait ce que l'on nomme le "sel de gemme", une ressource fossile laissée par des mers disparues il y a des millions d'années. Ce site produit à lui seul environ 500 000 tonnes de sel par an.

Il est essentiel de saisir la différence entre sel de gemme et sel de mer pour les routes. Le premier, extrait massivement et à moindre coût, répond parfaitement aux besoins industriels, tandis que le second est souvent réservé à des usages alimentaires ou plus spécifiques. En cas d'hiver très rigoureux, la production nationale ne suffit pas toujours, obligeant la France à importer depuis l'Allemagne ou la Pologne.

Vous avez aimé cet article ?

Un prix dérisoire, heureusement

Gérer le stock de sel est un pari risqué pour les collectivités. La consommation varie du simple au double d'une année à l'autre, oscillant entre 750 000 et 1,5 million de tonnes selon la rudesse de l'hiver. L'imprévisible est la seule constante. Quant au prix, Rock explique qu'il "excède rarement 10 centimes d’euros au kilo. Le coût de la totalité du sel épandu sur les routes françaises au cours d’un hiver normal, représente moins que la recette journalière des péages autoroutiers lors d’une journée de départ en vacances." Le coût annuel peut donc aller jusqu'à 150 millions d'euros pour le pays/

Le véritable défi réside dans la logistique d'approvisionnement en sel de déneigement face aux pics de demande. Lors d'un épisode neigeux majeur, les besoins instantanés peuvent grimper jusqu'à 100 000 tonnes par jour sur le territoire selon le groupe Salins. Impossible, dans ces conditions, de livrer en flux tendu depuis la mine, d'autant que les camions de livraison seraient eux-mêmes bloqués par la neige.

La solution ? L'anticipation. Des montagnes de sel sont stockées préventivement dans des "silos" ou des dépôts stratégiques, les Centres d'Entretien et d'Intervention (CEI), disséminés partout en France. C'est grâce à ces réserves tampons que les saleuses peuvent intervenir en quelques heures, souvent au beau milieu de la nuit, pour que votre trajet du matin se fasse sans encombre.

Google News Voir les commentaires