Un acteur français choisit l'euthanasie en Suisse, à 42 ans
L'opération se voulait banale, la guérison rapide. Deux ans plus tard, la vie d'Arnaud Denis, figure reconnue du théâtre français et trois fois nommé aux Molières en 2025, n'est plus qu'une descente aux enfers. À 42 ans, épuisé par des souffrances que la médecine ne parvient plus à endiguer, l'artiste a pris une décision radicale et irréversible. Loin des planches et des applaudissements, c'est désormais pour sa dignité qu'il se bat, alors qu'il organise son départ.
Son histoire, d'une violence inouïe, commence par une intervention chirurgicale courante qui a fait basculer son existence dans l'horreur. Aujourd'hui, le comédien brise le silence pour expliquer son choix et alerter sur un danger méconnu.
Comment une opération de routine a-t-elle viré au cauchemar ?
Tout commence en juillet 2023. Arnaud Denis, alors en pleine ascension professionnelle avec sa mise en scène des Liaisons dangereuses, doit subir une intervention pour une hernie inguinale. Ce qui devait être une simple formalité médicale se transforme rapidement en drame suite aux conséquences graves de la pose de sa prothèse en polypropylène. Quelques jours seulement après l'implant de la marque Medtronic, la douleur s'installe, brutale et envahissante.
Le corps de l'acteur, autrefois sportif de 86 kg, s'effondre littéralement. Il perd près de vingt kilos, passant à 69 kg, et développe des symptômes effrayants : perte d'audition, troubles de la vision, hémorragies urinaires et digestives, jusqu'au noircissement d'un testicule. Face à ses proches et aux médias, il décrit une sensation atroce, comparable à "un rat qui vous bouffe le ventre", confie-t-il au Parisien. Cette douleur chronique insupportable survenue après son opération de la hernie en 2023 l'a transformé en vieillard avant l'âge, incapable de se tenir debout ou d'avoir la moindre vie sociale.
Pourquoi la médecine n'a-t-elle pas pu le sauver ?
L'errance médicale a été totale. Face à l'incapacité des médecins français à soulager ses maux, Arnaud Denis a tenté le tout pour le tout. En avril 2024, il s'envole pour les États-Unis afin de subir une opération de retrait de la prothèse, facturée 40 000 euros. Malheureusement, cette intervention coûteuse ne permet qu'un soulagement partiel et temporaire. Son état général continue de se dégrader inexorablement, laissant le corps médical impuissant.
Les spécialistes évoquent désormais le syndrome ASIA, une réaction auto-immune aux adjuvants, bien que ce diagnostic reste controversé et sans traitement curatif reconnu. Le témoignage d'Arnaud Denis sur le syndrome ASIA et les implants illustre le désarroi des patients face à des pathologies mal comprises. Épuisé et sans espoir de guérison, le comédien Arnaud Denis demande aujourd'hui l'euthanasie en Belgique.
"Un homme sait profondément en lui quand il est condamné", a-t-il déclaré avec lucidité lors d'un entretien au groupe EBRA (paru dans Le Dauphiné Libéré et l'Est Républicain). "Je ne peux plus sortir de chez moi, je n’ai plus de vie sociale, je n’ai plus de vie du tout, regrette-t-il auprès du média. Je n’ai plus rien de ce qui constitue la dignité d’une vie d’homme. Et c’est de pire en pire. Je vis comme un patient cancéreux en phase terminale." Un premier rendez-vous est fixé fin janvier 2026 pour encadrer cette fin de vie, la loi belge autorisant l'acte pour des souffrances physiques incurables.
Un nouveau scandale sanitaire est-il en train d'éclater ?
Avant de partir, Arnaud Denis souhaite donner un sens à son calvaire. Il ne s'agit plus seulement de son destin, mais de celui de milliers d'autres patients potentiels. Il a créé le groupe Facebook "Victimes Françaises de prothèses de hernie", qui rassemble déjà 1 700 membres, et a recueilli plus de 200 témoignages similaires au sien. Son objectif est clair : fédérer une plainte de victimes de prothèses de hernie face à ce potentiel scandale sanitaire.
Il prépare actuellement une action collective et une plainte contre X pour "blessures involontaires". L'affaire relance le débat sur la dangerosité des prothèses en polypropylène, classées à risque élevé depuis 2017. "Ce que je veux, c'est déposer plainte avant de partir. J'essaye de jeter mes dernières armes dans cette bataille", assure-t-il. Si l'agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a intensifié sa surveillance, le combat d'Arnaud Denis pourrait bien être l'étincelle qui fera éclater la vérité au grand jour.