« C’est comme si la mort venait toquer à la porte » : le témoignage de Hugo, survivant de l’incendie de Crans-Montana
Le souvenir est encore à vif pour les habitants de la station suisse et les familles des victimes. Dans la nuit du 31 décembre 2025 au 1er janvier 2026, la fête a viré au cauchemar absolu au Constellation, à Crans-Montana. Alors que l'enquête pointe des défaillances graves en matière de sécurité, la parole se libère. Hugo, l'un des survivants grièvement brûlés, a brisé le silence pour raconter l'enfer vécu de l'intérieur et le combat qu'il mène désormais pour se reconstruire.
"C'était comme si la mort venait toquer à la porte"
Invité sur le plateau du Journal de 13 heures de TF1 ce jeudi 26 février 2026, Hugo, 19 ans, est revenu avec émotion sur cette nuit fatidique. Tout a basculé vers 1h26 du matin au bar Le Constellation. En une fraction de seconde, l'ambiance festive s'est muée en scène de guerre.
Face à la montée fulgurante des flammes, le jeune homme a dû prendre une décision immédiate. Alors que la panique s'emparait de la foule, son unique pensée s'est tournée vers sa compagne. « Soit je m'en vais, et je vis. Soit je fais quelque chose pour elle. Au final, j'ai pas réfléchi et je me suis mis sur elle pour la protéger du feu. Et là, les cris se sont transformés en silence. C'était comme si la mort venait toquer à la porte. C'était l'apocalypse",», a-t-il confié aux journalistes. En faisant rempart de son corps, Hugo a sauvé sa fiancée, mais il a payé le prix fort de cet acte de bravoure, exposant son dos et ses membres à la fureur de l'incendie.
De nouveaux détails sur le soir du drame
Ce que Hugo décrit comme « l'apocalypse » trouve son origine dans un enchaînement technique désastreux. L'enquête a rapidement établi que le contact entre des fontaines pyrotechniques, type feux de Bengale, fixées sur des bouteilles de champagne et le plafond a déclenché le sinistre. La mousse acoustique en polyuréthane, hautement inflammable, s'est embrasée instantanément, transformant le plafond en un « nuage de feu », selon les termes rapportés par plusieurs témoins.
"On a vu le DJ arriver en courant dans les toilettes, en panique et il me dit qu'il cherche un extincteur. C'est une folie à quel point ça s'est propagé en une minute et on voit le plafond complètement enflammé", a-t-il confié. Le bilan humain est lourd : 41 morts, dont de nombreux mineurs, et 115 blessés graves. Ce drame met également en lumière des manquements administratifs sévères. L'établissement n'avait fait l'objet d'aucun contrôle de sécurité par la commune depuis cinq ans, laissant perdurer l'utilisation de matériaux non conformes.
« Je n'aurais jamais imaginé qu'une douleur comme cela puisse exister »
Pour les survivants comme Hugo, la sortie du bar n'a marqué que le début d'une nouvelle épreuve. Le jeune homme décrit un véritable calvaire hospitalier, ponctué par les douleurs extrêmes des soins intensifs et de la rééducation. « Je n'aurais jamais imaginé qu'une douleur comme cela puisse exister », a-t-il témoigné. Il a déjà subi neuf greffes de peau pour traiter ses brûlures profondes. "Physiquement ça va de mieux en mieux, même si les douleurs persistent parce que la cicatrisation est très longue. C'est des coups de jus au quotidien, tout le temps, toutes les minutes. J'ai été brûlé aux deux mains, j'ai l'oreille qui a fondu", confie-t-il.
Le processus de guérison est lent et complexe. Au traumatisme physique s'ajoute le choc psychologique de devoir vivre avec le statut de « miraculé » alors que la station de ski porte encore le deuil de ses jeunes. Désormais, la reconstruction passe aussi par la justice. Hugo et les familles des victimes attendent des réponses fermes. L'instruction devra déterminer les responsabilités précises des gérants, Jacques et Jessica Moretti, ainsi que celles de la municipalité concernant l'absence de contrôles préventifs qui auraient pu éviter ce drame.
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