Incendie à Crans-Montana : dispensé d’audition pour raisons médicales, le propriétaire Jacques Moretti aperçu en train de rénover son restaurant
Un prévenu excusé pour épuisement filmé sur le toit d'un restaurant
Attendu de pied ferme par les enquêteurs le 7 avril 2026, Jacques Moretti a transmis un certificat médical pour excuser son absence lors de son audition. Le document mettait en avant un état d'épuisement, un stress intense ainsi qu'une perte de poids de 10 kg, rapporte La Dépêche.
La situation a basculé lorsque l'émission télévisée Porta a Porta a dévoilé des images exclusives. Les caméras ont surpris le gérant en plein effort physique sur un chantier. Contrairement à la fatigue décrite aux magistrats, l'homme a été filmé en train d'enchaîner les montées et les descentes d'échelles avec une agilité manifeste sur le toit du restaurant Le Vieux Chalet, dans la commune de Lens. Confronté par une journaliste italienne, le mis en cause a refusé toute explication, se contentant de bredouiller : "Je n'en peux plus, je ne peux plus y aller".
Les failles de sécurité d'un drame impliquant neuf personnes
L'incendie du bar Le Constellation lors de la nuit de la Saint-Sylvestre a provoqué un massacre, causé par l'utilisation de produits pyrotechniques à l'intérieur d'un établissement doté d'une isolation thermique inflammable. Le bilan officiel, communiqué par l'ATS et le Ministère public valaisan, fait état de 41 morts et 115 blessés.
L'historique de Jacques Moretti aggrave son cas. Déjà condamné par le passé, le restaurateur a fait l'objet d'un placement en détention provisoire le 9 janvier, avant d'obtenir sa libération le 23 janvier grâce au paiement d'une caution fixée à 200 000 francs suisses. Les responsabilités de ce désastre semblent partagées.
Neuf prévenus se retrouvent dans le viseur de la justice suisse. L'édile de Crans-Montana, Nicolas Féraud, figure parmi eux. Son audition programmée ce lundi 13 avril s'annonce décisive pour justifier l'absence totale de contrôles de sécurité dans la discothèque depuis 2019.
Les risques pénaux d'une esquive face à la colère des victimes
La diffusion de ce reportage fragilise la défense du propriétaire. La loi helvétique encadre strictement l'usage des documents de santé. Selon l'article 318 du Code pénal suisse, l'établissement et l'utilisation de certificats de complaisance destinés à tromper une autorité constituent un délit. Cette infraction expose ses auteurs à une peine pouvant atteindre trois années de prison.
Devant un tel comportement, le Ministère public valaisan garde la faculté de réévaluer le dossier. Le magistrat instructeur pourrait exiger un durcissement des mesures de contrainte appliquées au prévenu pour garantir sa participation au processus judiciaire. L'indignation submerge les parties civiles. Les proches des défunts jugent cette dispense médicale comme une manœuvre pour fuir les juges. S'exprimant sur les ondes de la RTS, l'avocat des familles des victimes, Maître Robert Assaël, affirme être "choqué" par l'opacité et le silence affichés par les responsables du drame.
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