"Je pouvais être un tyran" : en prison Harvey Weinstein clame toujours son innocence

Publié par Matthieu Chauvin
le 13/03/2026
Harvey Weinstein
abacapress
© UPI/ABACA
Depuis sa cellule de la prison de Rikers Island à New York, Harvey Weinstein a accordé une interview avant son nouveau procès prévu le 14 avril 2026. En admettant une personnalité "tyrannique" et "arrogante", l'ancien producteur tente une manœuvre de réhabilitation médiatique inédite et continue des nier les accusations qui pèsent contre lui.

En avril 2024, la Cour d'appel de New York annulait la condamnation à 23 ans de réclusion de l'ex-magnat d'Hollywood pour des erreurs de procédure. À l'approche de son nouveau jugement, l'homme déchu accusé d'agressions sexuelles et de viols par plus de 80 femmes (dont les actrices Angelina Jolie ou Gwyneth Paltrow), qui purge actuellement une peine distincte de 16 ans pour une autre affaire similaire, ajuste publiquement sa posture de défense. Il mène une campagne de communication millimétrée pour redéfinir son image publique et orienter les débats judiciaires à venir.

Une contre-attaque médiatique depuis Rikers Island

À quelques semaines de l'ouverture de son nouveau procès new-yorkais, fixé au 14 avril 2026, Harvey Weinstein a accordé un entretien exclusif depuis le terrble complexe pénitentiaire de Rikers Island, à New York. Selon The Hollywood Reporter, l'ancien producteur de 73 ans se présente comme un homme profondément affaibli. Atteint d'une leucémie myéloïde chronique, dont les diagnostics et les multiples hospitalisations à l'hôpital Bellevue ont été confirmés par NBC News en mars 2026, il affirme subir des agressions régulières de la part d'autres détenus.

Cette vulnérabilité physique lui sert de levier pour réclamer une forme de pitié à l'opinion publique. "C'est incroyable d'avoir eu la vie que j'ai eue (...) et de ne pas bénéficier de clémence pour être traité d'une manière plus humaine", déclare-t-il au magazine américain. Il insiste sur son insécurité permanente : "Il est trop dangereux pour moi d’être en présence d’autres personnes. Les autres détenus ont le droit d’aller dans la cour. Mais chaque fois que je m’y trouve, j’ai l’impression d’être assiégé" traduit Le Parisien.

Face aux accusations, il opère un virage discursif inédit. Il ne nie plus tout en bloc. L'homme admet désormais des traits de caractère sombres, reconnaissant une arrogance assumée et une tyrannie professionnelle indéniable. Cette concession inattendue sert à évacuer subtilement les incriminations de crimes sexuels. Mais il déplore : "C’est incroyable d’avoir eu la vie que j’ai eue et d’avoir fait tout ce que j’ai fait pour la société, et de ne pas bénéficier d’une certaine clémence qui me permettrait d’être traité avec plus de bienveillance."

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La rhétorique du tyran pour occulter le prédateur

En se décrivant volontiers comme un patron tyrannique, Harvey Weinstein déplace habilement le débat du code pénal vers la psychologie managériale. Il tente de substituer l'image insoutenable de l'agresseur sexuel par celle du grand dirigeant colérique et imbu de lui-même. Cette tactique permet de minimiser l'intention criminelle et parle de "relations consenties". En assumant le rôle du mauvais patron, il espère neutraliser la gravité des accusations. "Je serai innocenté. Je vous le promets. J’ai trompé mes deux femmes. C’est immoral. Mais je n’ai agressé personne. C’est le grand mensonge de toute cette affaire."

Cette sémantique de la zone grise redéfinit ses interactions passées. Ses avocats suggèrent que son comportement relevait d'un simple abus de pouvoir hiérarchique, très courant dans le Hollywood de l'époque. Les rapports de force professionnels brutaux remplacent ainsi les agressions forcées dans son récit personnel. "Je sais que je peux être intimidant et difficile. Mais cela reste très loin d’une agression sexuelle [...] J’ai dépassé les bornes, c’est certain. Je pouvais être un horrible tyran. J’ai utilisé mon pouvoir de manière arrogante."

Influencer le jury de 2026

La sélection du jury pour cette nouvelle audience débute à la mi-avril. En diffusant l'image d'un manager toxique mais non criminel, la défense espère instiller un doute raisonnable chez les futurs jurés. Cette offensive médiatique prépare directement le terrain des futures plaidoiries au tribunal. "Oui, il y avait un déséquilibre de pouvoir. Mais cela ne fait pas une agression sexuelle. J’ai peut-être flirté de façon excessive, créé des situations ridicules, eu un comportement stupide. Mais je n’ai jamais forcé quelqu’un."

Pour les victimes et les militantes du mouvement #MeToo, cette manœuvre représente une ultime forme de gaslighting (détournement cognitif). Elles rappellent avec force que la tyrannie professionnelle constituait précisément l'outil principal qui permettait de faciliter et de dissimuler les agressions sexuelles systématiques au sein de son entreprise. Pourtant, l'ex-producteur le plus influent du cinéma mondial affirme, à propos du mouvement né en 2017 : "Si des femmes étaient blessées ou exploitées, alors oui, c’est une bonne chose [...] Quand Alyssa Milano a dit MeToo, ce n’était pas à propos de moi. Puis tout est devenu MeToo à propos de moi." 

Autrement dit, ce serait en fait  "grâce" à lui que ces pratiques institutionnalisées araient été mises au jour....

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