Disparitions mystérieuses : quand décide-t-on de classer une affaire non résolue ?IllustrationIstock
INTERVIEW. Si les disparitions soudaines peuvent intriguer par leur mystère, il arrive parfois que les enquêtes ne mènent nulle part. Hélène Garboul-Hamelet, expert-criminologue, et Marjorie Sueur, psychologue clinicienne, nous éclairent quant au fonctionnement des enquêtes pour disparition inquiétante.
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La disparition de Delphine Jubillar suscite l'intrigue et l'inquiétude. Une mère de famille dans la trentaine, qui n'avait à priori aucune raison de fuir le domicile familial, disparaît au beau milieu de la nuit. Plus d'un mois plus tard, l'enquête est au point mort. Une centaine d'auditions menées, plusieurs battues citoyennes et les alentours passés au peigne fin par les sections de recherche… Rien ne permet de déterminer pourquoi, ni comment cette infirmière a pu se volatiliser sans que personne ne se rende compte de rien dans un village de 3 000 âmes. 

Comment fait-on, lorsque la situation nous échappe ? Combien de temps faut-il attendre avant d'arrêter de chercher ? L'univers des disparitions inquiétantes et autres affaires non résolues est parfois bien flou. Pour y voir plus clair, Planet a interrogé deux expertes en criminologie : Hélène Garboul-Hamelet, expert-criminologue, et Marjorie Sueur, psychologue clinicienne. L'occasion de répondre à toutes vos questions au sujet des enquêtes pour disparition inquiétante. 

Disparitions inexpliquées : quand doit-on commencer à s'inquiéter ? 

Chaque année, des centaines de personnes disparaissent en France. Suicide, fugue, meurtre, enlèvement… Les possibilités sont infinies. Comment sait-on, alors, quand il faut ouvrir une enquête ou non ? Dans un premier temps, une attention toute particulière est accordée à la disparition des mineurs ou des personnes vulnérables. "Pour les majeurs, les choses sont différentes. L'adulte bénéficie non seulement de la liberté de mouvements mais il est également en droit de ne plus donner signe de vie à ses proches. Seul l'abandon de famille est une infraction pénale pour laquelle il sera poursuivi mais pas la disparition volontaire", explique Marjorie Sueur. Dans ce cas, quels signes doivent nous alerter pour la disparition d'une personne majeure ? D'après Hélène Garboul-Hamelet, il peut s'agir d'éléments comme "des témoignages inquiétants, des auditions incohérentes, des traces matérielles comme du Bluestar positif (traces de sang) ou un véhicule volé". 

Lorsque le caractère inquiétant d'une disparition est acté, comment se déroule une enquête ? 

Disparitions inexpliquées : comment se déroulent les recherches ?

L'expert-criminologue explique que les enquêteurs récupèrent les factures de téléphone de la victime ou du conjoint pour tracer leur itinéraire via les bornes relais de l'opérateur. De nombreux autres éléments sont étudiés : traces matérielles d'un logement ou d'une voiture, déploiement de brigades cynophiles "dont les chiens sont dressés pour retrouver des cadavres ou personnes vivantes", visionnage des caméras de la ville le cas échéant… De son côté, Marjorie Sueur insiste sur l'analyse psychologique, processus permettant de comprendre "les habitudes de vie de la personne, connaître son passé psychologique et/ou judiciaire". Cette "enquête de personnalité" passe par l'audition des proches de la personne disparue. Cela nous permet d'établir des pistes comme le suicide par exemple, dans le cas où la personne disparue souffre de troubles dépressifs, entre autres.

Si tout cela ne nous permet pas de retrouver la personne disparue, quand décide-t-on de clôre l'enquête ? 

Disparitions inexpliquées : quand décide-t-on de clôre une affaire non résolue ? 

D'après la psychologue clinicienne, la notion de temps est propre à chaque enquête. "La décision de clore le dossier apparaît quand l'ensemble des actes d'enquête possibles et inimaginables a eu lieu et qu'il n'a pas permis la découverte de la personne", explique-t-elle. Selon Hélène Garboul-Hamelet, la médiatisation joue également un rôle important. "Plus une affaire est médiatisée, plus une pression s'installe et les moyens financiers augmentent. C'est souvent pour cela que les parties civiles et leurs avocats acceptent de passer à la télé afin de médiatiser au maximum leur affaire et maintenir une pression judiciaire", décrypte la spécialiste.