Florent Pagny pousse un coup de gueule contre le rap français
L'industrie musicale a vécu une révolution silencieuse mais brutale. Fini le temps où l'on comptait simplement les disques vendus en caisse ; désormais, c'est le "flux" qui règne en maître. Une mutation qui laisse certains géants de la variété sur le carreau, perplexes face à des classements qu'ils ne reconnaissent plus. Fidèle à son franc-parler légendaire, l'ancien coach de The Voice a décidé de briser l'omerta sur ce sujet brûlant. Quand Florent Pagny critique le classement des ventes d'albums actuel, il met en lumière une fracture générationnelle et technologique.
Comprendre le calcul du Snep
Le cœur du conflit réside dans une équation mathématique imposée par les instances dirigeantes. Pour s'adapter aux nouveaux usages numériques, le Snep (Syndicat national de l'édition phonographique) a instauré une norme précise : 1500 écoutes en streaming équivalent à une vente d'album. Une conversion arbitraire destinée à fusionner les marchés physique et numérique, mais qui passe mal auprès du chanteur. Pour lui, cette mécanique manque cruellement de clarté.
Lors d'un entretien récent, Florent Pagny a livré ses confidences sur l'opacité des chiffres qui en découle. "On ne sait plus combien on vend. C'est le Snep qui a décidé que 1500 écoutes, c'est un album. C'est complètement opaque", a-t-il déploré sur RTL. Cette boîte noire empêche désormais les artistes de vérifier la corrélation entre leur succès populaire réel et les revenus générés, laissant place à toutes les interprétations.
Pourquoi le rap écrase-t-il la variété ?
Ce système de comptage semble créer une distorsion de concurrence majeure. L'algorithme favorise mécaniquement les modes de consommation urbains : des morceaux souvent plus courts, écoutés en boucle et de manière obsessionnelle par un public jeune. À l'inverse, l'impact du streaming sur les ventes de variété française est souvent jugé défavorable, car ce public consomme la musique différemment.
L'interprète de Savoir Aimer souligne ce paradoxe avec amertume. "Les gens écoutent du rap, ça dure une minute, ils les écoutent plusieurs fois. Nous, on a des chansons de variété, on les écoute une fois, et on achète l'album physique", analyse-t-il au micro de France Inter. La question se pose alors : la règle du Snep est-elle égale pour tous les genres musicaux ? Un disque d'or peut aujourd'hui s'obtenir sans avoir vendu beaucoup d'objets physiques, ce qui explique pourquoi l'industrie du rap est favorisée par le streaming actuel.
Identifier les fraudes et achats d'écoutes
Mais la critique va plus loin qu'une simple querelle de comptables. Florent Pagny soulève un lièvre bien plus sombre : la fraude organisée. Il pointe l'existence de "fermes à clics" permettant de gonfler artificiellement les chiffres pour grimper dans les classements. "Aujourd'hui, si vous voulez faire un million de ventes, vous achetez des écoutes. Moi, j'appelle ça de la triche", lance-t-il sans détour dans les colonnes du Parisien.
Cette accusation jette un pavé dans la mare alors que l'industrie cherche difficilement comment vérifier la triche par achat d'écoutes musicales. Si les plateformes tentent de filtrer ces pratiques via des algorithmes de détection, le doute persiste sur la sincérité de certains records phénoménaux. En attendant une éventuelle réforme du ratio ou une réglementation plus transparente, la guerre des chiffres est bel et bien déclarée.