Or et Argent : pourquoi les cours s'effondrent après l'annonce de Trump
Après avoir atteint des sommets absolus en début de semaine, les métaux précieux ont brutalement changé de cap. Cette correction massive, qui prend de court les investisseurs, trouve son origine directe dans les choix politiques américains et redessine l'équilibre des marchés financiers mondiaux.
Une dégringolade chiffrée et immédiate
Le repli est vertigineux pour les valeurs refuges. L'or a dévissé jusqu'à perdre plus de 8 % en séance vendredi, avant de clôturer en baisse de 6,27 % à 5 037,91 dollars l'once. Selon certaines sources financières, il s'agit du plus fort repli quotidien depuis 1983. L'argent a connu un sort encore plus violent : le métal gris a perdu jusqu'à 17 % en cours de séance, soit une chute de 27 % en deux séances, pour terminer autour de 99 dollars l'once. Ces effondrements surviennent alors que l'or culminait à 5 595,47 dollars quelques jours plus tôt, confirmant l'extrême volatilité du secteur.
L'étincelle est venue de Washington. Vendredi 30 janvier 2026, Donald Trump a officialisé son choix : Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, est proposé pour en prendre la présidence. Cette annonce a immédiatement « rassuré » les marchés, rapporte Le Parisien, car elle écarte des profils jugés trop proches de la Maison Blanche, garantissant une certaine indépendance institutionnelle de l'organisme.
Pourquoi la Fed fait plier l'or
Kevin Warsh traîne une réputation de fermeté face à l'inflation. Les investisseurs anticipent désormais une politique monétaire plus restrictive, ou « hawkish », réduisant la probabilité d'un assouplissement spectaculaire. Conséquence immédiate : le dollar américain a enregistré un rebond de 1 % vendredi. Le mécanisme est mécanique : libellé en dollars, le métal jaune devient automatiquement plus onéreux pour les détenteurs de devises étrangères, ce qui plombe la demande.
La baisse a été accélérée par des facteurs techniques. Ole Hansen de Saxo Bank souligne que les cours, ayant grimpé de près de 30 % pour l'or et 70 % pour l'argent depuis début 2026, étaient devenus « vulnérables à un repli ». De plus, le CME Group (opérateur du marché à terme) a relevé les exigences de marge, passant de 6 % à 8 % pour l'or et de 11 % à 15 % pour l'argent. Cette décision a forcé de nombreux spéculateurs à liquider leurs positions en urgence pour couvrir leurs pertes, amplifiant la chute du prix de l'argent suite à la décision de la Fed.
L'impact direct sur les investisseurs européens
L'onde de choc a traversé l'Atlantique pour frapper l'économie réelle. À la Bourse de Londres, les géants miniers comme Anglo American, Rio Tinto ou Glencore ont accusé de lourdes pertes. Cet épisode illustre la dépendance des marchés européens aux décisions américaines : une simple nomination à Washington suffit à déstabiliser des pans entiers de la finance sur le Vieux Continent.
Cette correction pose une question centrale : l'or est-il toujours une valeur refuge face au dollar fort ? Si le métal jaune conserve son statut de réserve de valeur physique sur le long terme, il n'est pas immunisé contre la spéculation. Contrairement aux monnaies fiduciaires soumises à l'inflation, l'or subit ici un ajustement violent lié aux taux, rappelant qu'aucun actif n'échappe aux prises de bénéfices massives.