"Les brûlés font du ski" : Charlie Hebdo visé par une plainte après sa Une polémique
C'est une image qui a mis le feu aux poudres, quelques jours seulement après le drame. En France, la liberté de la presse permet souvent de rire de tout, mais cette fois, le trait d'humour noir passe mal. Alors que les familles sont encore sous le choc de la tragédie survenue la nuit du Nouvel An, le journal satirique se retrouve au cœur d'une tempête judiciaire venue de Suisse.
Pourquoi ce dessin suscite-t-il une telle colère et quels sont les risques réels pour l'hebdomadaire ?
Pourquoi la caricature choque-t-elle autant ?
Le contexte est particulièrement douloureux. Le bilan définitif de la catastrophe fait état de 40 morts et plus de 116 blessés. Parmi les personnes décédées, le bilan est lourd pour les victimes françaises de l'incendie de Crans-Montana survenu au bar Le Constellation, puisque neuf de nos compatriotes y ont perdu la vie.
C'est dans ce climat de recueillement que Charlie Hebdo a publié, le vendredi 9 janvier, un dessin signé par l'auteur de la caricature de Charlie Hebdo, Eric Salch. Intitulé "Les brûlés font du ski", en référence au célèbre film Les Bronzés font du ski, l'image met en scène deux skieurs lourdement bandés et brûlés dévalant les pistes, avec la légende : "La comédie de l'année".
Le timing de la publication a amplifié le sentiment d'incompréhension : le dessin a été diffusé le jour même où une cérémonie d'hommage aux victimes se tenait en Suisse. Pour beaucoup, cette coïncidence temporelle a transformé une tentative d'humour en une provocation jugée insupportable.
Sur quoi repose la plainte suisse ?
Face à ce qu'ils considèrent comme une abjection, deux citoyens suisses ont décidé de contre-attaquer sur le terrain juridique. Une plainte pénale contre Charlie Hebdo pour sa caricature sur Crans-Montana a été déposée auprès du ministère public du canton du Valais.
Les plaignants ne sont pas n'importe qui : il s'agit de l'écrivaine Béatrice Riand et de son mari, Stéphane Riand, avocat à l'origine de la plainte contre Charlie Hebdo, qui résident à Sion. Leur démarche ne repose pas sur une simple indignation morale, mais sur un fondement juridique précis.
Le couple s'appuie sur l'article 135 du Code pénal suisse qui réprime la représentation de la violence. Selon eux, le dessin "neutralise la violence subie par le rire" et porte atteinte à la dignité humaine. Ils estiment que cette caricature est "d'une violence inouïe" et qu'elle ne présente "aucun intérêt culturel, artistique, scientifique ou informatif prépondérant", condition nécessaire pour échapper aux sanctions de cet article de loi.
Quelles suites pour le journal et l'enquête ?
L'objectif des plaignants est clair : ils demandent l'ouverture d'une instruction pénale. Si le Tribunal venait à condamner le journal, le couple réclame une "créance compensatrice". L'argent ainsi récolté serait, selon leur vœu, reversé par l'État à l'ensemble des victimes du drame.
Pendant ce temps, la justice poursuit son travail sur le terrain pour comprendre les causes du sinistre. L'enquête sur l'incendie de Crans-Montana avance, le gérant du bar Jacques Moretti étant actuellement en détention provisoire. Les enquêteurs tentent toujours de déterminer les responsabilités exactes dans ce drame.