Incendie en Suisse : des journalistes agressés par des proches des gérants du Constellation
L'atmosphère devient irrespirable à Crans-Montana. Quelques jours après le drame qui a coûté la vie à 40 personnes lors de la nuit du Nouvel An, l'enquête prend une tournure aussi violente qu'inattendue. Alors que les familles des victimes attendent des réponses, c'est une scène d'agression envers la presse qui vient alourdir un climat déjà délétère.
Ce nouvel incident, impliquant directement l'entourage des gérants de l'établissement incendié, pourrait avoir des répercussions immédiates sur le traitement judiciaire de l'affaire. Il met en lumière la nervosité extrême qui règne autour de Jacques et Jessica Moretti, dont la situation légale est au cœur de toutes les attentions.
Une plainte déposée après de violentes menaces
Les faits se sont déroulés devant le restaurant "Le Vieux Chalet", un autre établissement géré par le couple Moretti à Lens, ville homonyme suisse. Une équipe de la télévision publique italienne Rai1, venue couvrir la tragédie, a été prise à partie avec une virulence rare. Le journaliste Domenico Marocchi a officiellement déposé une plainte pour agression après avoir été la cible de menaces explicites et de violences physiques.
L'équipe a été intimidée par des proches des propriétaires. La scène, partiellement filmée, montre des individus proférant des menaces à peine déguisées. "Tu crois qu'il n'y a pas assez de morts là ?", aurait lancé l'un des agresseurs, comme le rapporte Paris Match. A la question "C’est l’homme qui porte des lunettes de soleil et qu’on voit vous insulter ?" le journaliste explique à nos confrères :
"Oui. Les caméramans se sont réfugiés dans la voiture pour protéger le matériel. Il m’a frappé à la poitrine, je me suis rattrapé à la voiture. Ensuite, il m’a dit : 'Tu crois pas qu’il y a assez de morts comme ça ?'. Je me suis fait expliquer l’expression ensuite, on m’a expliqué qu’il ne parlait pas des victimes de l’incendie du bar La Constellation. C’était une menace de mort. Quand je suis retourné dans la voiture, l’un d’eux a essayé de casser notre rétroviseur. On est partis et j’ai été porté plainte." Face à la gravité de l'incident, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a exprimé son étonnement et demandé que les autorités suisses soient saisies, donnant une dimension diplomatique à l'affaire.
Une atmosphère sous haute tension
Domenico Marocchi raconte le contexte à nos confrères : "J’étais avec l’équipe de tournage devant le 'le Vieux Chalet'. C’est un restaurant corse dans la commune de Lens qui appartient aux Moretti. On filmait le panneau à l’extérieur avec le menu et la mention 'fermeture exceptionnelle'. Il était 17h30, il faisait nuit et les rideaux du restaurant étaient fermés. Une voiture est arrivée en trombe. Ça nous a tout de suite semblé bizarre parce que l’ambiance à Crans-Montana, depuis le drame, ce sont des cierges, des prières et le silence. Là, il y avait la musique hiphop à fond et trois types sont sortis et sont montrés tout de suite très agressifs. L’un d’eux a mis le tableau avec le menu au milieu de la rue et a commencé à me bousculer."
Une garde rapprochée des gérants ?
Il poursuit : "Il devait y avoir du monde au premier étage du « Vieux Chalet », on a vu sept personnes débarquer dont une femme, belle, que je n’ai pas pu identifier. Les hommes portaient des capuches mais j’ai reconnu celui qui avait agressé le journaliste de Blick (média suisse en ligne, Ndlr)." Cet éclat de violence intervient alors que la polémique enfle autour du statut des propriétaires. Jacques et Jessica Moretti sont actuellement visés par une procédure pour homicide par négligence, ainsi que pour lésions corporelles et incendie par négligence. Pourtant, le couple n'a été ni placé en détention provisoire ni assigné à résidence, une décision qui suscite l'incompréhension d'une partie de l'opinion publique.
La polémique sur la non-détention des gérants du Constellation est d'autant plus vive que le passé judiciaire de Jacques Moretti a refait surface. Comme le souligne Sud Ouest, l'homme est connu de la justice française pour des faits de proxénétisme datant d'une vingtaine d'années. Bien que les intéressés se disent "dévastés et envahis par le chagrin" dans un communiqué, ces éléments de personnalité, combinés à l'agression récente commise par leur entourage, pourraient inciter la justice à revoir sa position sur les risques de trouble à l'ordre public.