Grenoble : un septuagénaire avoue deux meurtres et des viols sur 89 mineurs
Le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, a dévoilé ce mardi 10 février les détails glaçants d'un dossier qualifié de « hors normes ». Au cœur de l'enquête, un ancien éducateur dont le parcours criminel présumé s'étalerait sur plus d'un demi-siècle, mêlant prédation sexuelle de masse et homicides intrafamiliaux.
Une mise en examen pour des faits multiples
L'individu, un homme de 79 ans domicilié à Vizille (Isère), a été mis en examen et placé en détention provisoire en 2024. Les investigations révèlent une chronologie vertigineuse : les faits reprochés couvrent une période de 55 ans, s'étalant de 1967 à 2022. Au total, l'enquête recense 89 victimes mineures. Selon les déclarations rapportées par le procureur Étienne Manteaux, le suspect évoque lui-même des « rapports sexuels » imposés à des adolescents âgés de 13 à 17 ans.
En marge de ces accusations sexuelles, l'homme a livré une confession inattendue aux enquêteurs. Il a reconnu avoir « volontairement donné la mort à deux personnes » de sa propre famille. La première victime serait sa mère, atteinte d'un cancer en phase terminale, qu'il aurait étouffée avec un coussin dans les années 1970. La seconde victime est sa tante, âgée de 92 ans, tuée selon le même mode opératoire dans les années 1990. Face à ces aveux, le parquet a ouvert une enquête distincte pour faire la lumière sur ces deux homicides.
Un parcours criminel international et documenté
L'ancien éducateur et professeur n'a pas limité ses agissements au territoire national. Les investigations ont permis d'établir que les agressions auraient été commises en France, mais également dans huit autres pays au gré de ses déplacements : l’Allemagne, la Suisse, le Maroc, le Niger, l’Algérie, les Philippines, l’Inde, la Colombie et la Nouvelle-Calédonie. Pour justifier ces actes auprès des enquêteurs, le septuagénaire parle de relations « faisant partie d’un parcours éducatif ».
L'ampleur du dossier repose sur des preuves matérielles conséquentes. Le nombre de victimes a pu être établi grâce à des écrits méticuleux « compilés dans une clé USB » par le suspect lui-même. Ce support numérique a été découvert par son neveu, qui se « questionnait sur la vie affective et sexuelle » de son oncle. À l'intérieur, les gendarmes ont trouvé un document de « 15 tomes, une matière très dense », selon les mots du magistrat.
Concernant les meurtres, le prévenu a fourni des explications glaçantes sur ses motivations. Pour le décès de sa tante, le procureur rapporte qu'il est passé à l'acte « parce qu’il devait repartir dans les Cévennes et qu’elle le suppliait de ne pas partir, il a fait le choix de lui donner la mort également et donc profitant de son sommeil a pris un coussin et l’a étouffée ». L'homme « légitime son passage à l’acte en considérant qu’il aimerait bien qu’on lui fasse la même chose s’il se trouvait dans cette situation de fin de vie ».
Un appel à témoins lancé par la justice
Face à la multitude de victimes potentielles et à l'ancienneté de certains faits, le parquet a décidé de rendre l'affaire publique pour diffuser un appel à témoins. L'enjeu est de taille : il s'agit de « permettre à d’éventuelles autres victimes de pouvoir se manifester ». Le colonel Procédés, de la gendarmerie, a souligné l'urgence de la démarche en précisant que « le temps joue contre nous », faisant référence aux risques de prescription pour les faits antérieurs à 1993.