Affaire Pelicot : "Ma plainte prend la poussière", la colère de sa fille face à l'inaction judiciaire

Publié par Matthieu Chauvin
le 12/01/2026
Caroline Darian
abacapress
Dix mois après avoir déposé plainte pour viol et administration de substances nuisibles contre son père Dominique Pelicot, Caroline Darian dénonce l'inaction de la justice française qui laisse son dossier à l'abandon. Elle s'est livrée dans une interview au Parisien.

Alors que Dominique Pelicot a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle en décembre 2024 pour les crimes commis sur son ex-épouse, sa fille Caroline Darian mène une autre bataille judiciaire, plus silencieuse mais tout aussi douloureuse. En mars 2025, elle a officiellement saisi la justice pour des faits de viols, tentatives de viol et agression sexuelle par ascendant, s'appuyant sur des éléments troublants découverts lors de l'instruction. 

Près d'un an plus tard, en janvier 2026, elle brise le silence pour exprimer son désarroi face à une enquête qui semble n'avoir jamais vraiment démarré. "Je suis la sacrifiée de cette affaire. Tous les moyens, toutes les investigations se sont focalisés sur ce que ma mère avait subi alors que, dans notre famille, Dominique Pelicot a fait d’autres victimes."

Une procédure criminelle au point mort

Le constat dressé par la plaignante est amer. Dans une interview accordée au Parisien, Caroline Darian déplore que son dossier n'avance pas, utilisant une image forte : sa plainte "prend la poussière". Selon elle, les investigations n'ont pas été menées "sérieusement et complètement", laissant s'installer un vide juridique insupportable pour une victime présumée. "J’ai été interrogée deux fois par la brigade criminelle de Versailles, pendant plus de cinq heures, en mars et en novembre 2025. Mais le parquet n’a pas encore décidé à quel service attribuer l’enquête."

L'avocate de la jeune femme pointe des manquements incompréhensibles dans la conduite de l'instruction, soulignant que le statut de détenu de Dominique Pelicot ne devrait en rien suspendre la recherche de la vérité pour les autres victimes potentielles de son entourage familial. "Puisqu’il a pris 20 ans de prison, tout le monde s’en lave les mains, sans chercher à savoir ce qu’il a pu faire à sa propre fille ou à d’autres" déplore Caroline Darian auprès de nos confrères.

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Des preuves numériques laissées sans analyse

Au cœur de l'accusation se trouvent des éléments matériels précis retrouvés dans le matériel informatique du condamné. Un dossier, sordidement intitulé "ma fille à poil", contient des photographies montrant Caroline Darian endormie, dans des positions sexualisées, vêtue de sous-vêtements qu'elle ne reconnaît pas. Ces images suggèrent, selon la partie civile, une perte de conscience induite, caractéristique du mode opératoire déjà reproché à l'accusé.

Pourtant, la défense s'étonne de l'absence d'analyses toxicologiques liées à la soumission chimique ou d'expertises médicales approfondies sur la victime pour tenter de corroborer ces soupçons. Alors que les preuves numériques de violences sexuelles semblent accablantes visuellement, elles nécessitent une exploitation technique et médico-légale rigoureuse pour devenir des preuves judiciaires irréfutables. "Quand j’entends : Il n’y a pas de preuves, je réponds : Cherchez-les !" s'insurge Caroline Darian. Le père, quant à lui, a nié durant son procès avoir abusé de sa fille ou l'avoir droguée, profitant de ces lacunes d'investigation pour maintenir sa version des faits.

Le combat contre le poison du doute

Pour Caroline Darian, cette attente est une double peine. Elle se décrit aujourd'hui comme la "grande oubliée" de cette tentaculaire affaire judiciaire. Au-delà de son cas personnel, elle met en lumière un dysfonctionnement systémique : la justice et la lenteur des plaintes pour agressions sexuelles, qui laissent les victimes dans une incertitude destructrice. Elle doit vivre au quotidien avec les conséquences du doute pour les victimes de viol, exacerbées par l'absence de souvenirs clairs due à la potentielle soumission chimique.

Son engagement dépasse désormais le cadre du tribunal. À travers son livre Pour que l'on se souvienne, publié en mars 2025, et son association, elle milite pour une meilleure prise en charge de ce fléau. Elle réclame un "réveil du système judiciaire" pour que son dossier soit traités avec la même rigueur celui de sa mère Gisèle. Il est pour elle impératif que la justice ne se contente pas d'une condamnation unique, mais qu'elle fasse toute la lumière sur l'ensemble des crimes suspectés.

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