Affaire Grégory : le procureur de Dijon réclame une « contre-expertise stylométrique » sur les courriers attribués à Jacqueline Jacob

Publié par Suruthi Srikumar
le 23/01/2026
Affaire Grégory : le procureur de Dijon réclame une « contre-expertise stylométrique » sur les courriers attribués à Jacqueline Jacob
AFP
La lettre revendiquant le meurtre du petit Grégory, en octobre 1984 dans les Vosges, va faire l’objet d’une « contre-expertise stylométrique » confiée à deux experts, a appris franceinfo ce vendredi, confirmant une information de RTL. Les conclusions ne sont pas attendues avant plusieurs mois.

Cela fait près de quarante ans que l'énigme hante la vallée de la Vologne et les couloirs des palais de justice. Le 16 octobre 1984, le corps du petit Grégory Villemin était retrouvé dans les eaux froides de la rivière, marquant le début d'une affaire tentaculaire où le mystère des lettres anonymes reste central. Alors que l'enquête semblait piétiner, un nouveau développement vient relancer les investigations autour de la famille.

La cour d'appel de Dijon a en effet décidé, ce vendredi 23 janvier, d'approfondir une piste technique cruciale. L'objectif est de vérifier scientifiquement le rôle potentiel de l'un des fameux « corbeaux » qui ont harcelé les parents de l'enfant. Cette décision intervient dans un climat de tension judiciaire, alors que la défense conteste fermement les accusations portées contre la grand-tante de la victime.

Pourquoi une nouvelle expertise est-elle nécessaire ?

Cette demande du parquet fait directement suite à un événement majeur survenu à l'automne dernier. En effet, Jacqueline Jacob a été mise en examen pour association de malfaiteurs criminelle, relançant l'hypothèse d'une implication familiale élargie. Âgée de 81 ans, la grande-tante de Grégory est soupçonnée d'avoir joué un rôle dans la machination ayant conduit au drame. Face à ces accusations, la suspecte reste inflexible : « Je n'ai jamais écrit de lettre, je n'ai jamais téléphoné. Jamais, à personne », a-t-elle martelé lors de ses auditions.

C'est pour trancher ce nœud gordien que le procureur de Dijon demande une contre-expertise stylométrique. L'enjeu est de taille : il s'agit de confirmer ou d'infirmer les conclusions précédentes qui avaient pesé lourd dans la décision des juges. Les enquêteurs espèrent ainsi isoler définitivement l'auteur des menaces parmi les protagonistes de l'époque.

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La stylométrie : comment identifier l'auteur sans son écriture ?

Contrairement à la graphologie, qui analyse le tracé de la plume, la stylométrie se penche sur la construction intellectuelle du texte. Vous vous demandez sans doute comment la stylométrie identifie-t-elle un auteur de texte avec précision ? La méthode repose sur l'analyse fine du vocabulaire, de la syntaxe, de la ponctuation et des tics de langage. Selon les experts, chaque individu possède une « signature » linguistique presque aussi unique que son ADN.

Des analyses réalisées dès 2017 avaient déjà pointé des similitudes troublantes. À l'époque, les experts avaient estimé que le style de Jacqueline Jacob était « hautement similaire » à celui relevé dans les courriers du corbeau de 1984 de l'affaire Grégory, notamment la lettre de revendication du crime. Cette nouvelle analyse, confiée à deux nouveaux experts français, devra déterminer si cette « signature » est indiscutable ou si une marge d'erreur subsiste.

À quelle échéance peut-on attendre des réponses ?

Il faudra s'armer de patience avant de savoir si cette initiative fera basculer le dossier. Philippe Astruc, procureur général, a d'ores et déjà prévenu concernant les délais d'attente pour le résultat de l'expertise stylométrique : « Le résultat n’interviendra sans doute que dans plusieurs mois », a-t-il précisé. Ce temps long est nécessaire pour permettre aux « sachants » de décortiquer les écrits avec la rigueur scientifique requise.

En parallèle, d'autres portes ne sont pas totalement fermées. Si les analyses ADN classiques n'ont pas apporté de nouveaux éléments récents, la justice garde un œil sur les progrès de la science. L'utilisation de la généalogie génétique dans l'affaire Grégory pourrait, à terme, offrir des perspectives inédites pour identifier des profils biologiques jusqu'ici inconnus. En attendant le résultat de cette contre-expertise stylométrique dans l'affaire Grégory, le mystère de la Vologne conserve, pour l'heure, sa part d'ombre.

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