"Stretchflation" : la nouvelle ruse des industriels pour vous faire payer plus cher pour avoir moins
Vous pensiez faire une bonne affaire en optant pour ce paquet familial ou cette version "améliorée" de votre produit préféré ? Méfiance. Derrière ces étiquettes alléchantes se cache une mécanique redoutable pour votre pouvoir d'achat, jouant sur notre perception biaisée des volumes.
Le "plus" cache-t-il un piège ?
C'est une stratégie commerciale qui prend le contrepied parfait de la réduction des quantités. Ici, le produit ne rétrécit pas, il grossit légèrement. C'est tout l'enjeu de la pratique de la "stretchflation" dénoncée par Foodwatch. Le concept repose sur une illusion d'optique financière : le paquet s'étire (d'où le terme anglais stretch), affichant des mentions valorisantes comme "nouveau format" ou "+ de produit." Mais ne vous y trompez pas, cette arnaque au format généreux dans les supermarchés a un coût salé. Selon l'ONG, des ajouts de matière dérisoires (parfois moins de 3 %) servent de prétexte à des explosions tarifaires.
Contrairement à la "shrinkflation", où le consommateur paie le même prix pour moins de produit, la "stretchflation" vous fait payer beaucoup plus cher pour à peine plus de produit. L'objectif est de masquer une hausse du prix au kilo qui peut atteindre + 27 %.
Quels sont les exemples flagrants qui doivent vous alerter ?
Les industriels misent sur une donnée que nous oublions souvent de vérifier : le prix au litre ou au kilo. Ils savent que le consommateur mémorise rarement cette valeur de référence d'une semaine à l'autre. Foodwatch cite des cas concrets effarants dans son enquête de janvier 2026. Prenez l'augmentation du prix au kilo des gnocchis Lustucru : alors que le paquet ne gagne que 5,3 % de poids (passant de 285 g à 300 g), le tarif au kilo, lui, grimpe de près de 19 %.
Même constat pour la hausse du prix des cornichons Kühne suite au changement de format. Pour un ajout minime de 5 grammes (de 185 g à 190 g, soit + 2,7 %), le prix au kilo a bondi de 27,92 % entre 2023 et 2025, passant de 11,32 euros à 14,48 euros. D'autres produits emblématiques comme les Mikado de LU (+ 18,18 % au kilo) ou la flammekueche Stoeffler suivent la même logique : un peu plus de gourmandise pour une addition beaucoup plus lourde. Le Figaro, qui a contacté les marques concernées, affirme qu'aucune n'a encore réagi. Quant à Foodwatch, qui a demandé des explications à LU et Lustucru, l'association révèle que les fabricants "ont assuré n’avoir pas augmenté leur prix de vente aux distributeurs."
Il existe une différence majeure entre la shrinkflation et la stretchflation sur le plan réglementaire. Si la réduction des quantités doit être obligatoirement affichée en rayon depuis le décret du 19 avril 2024, l'agrandissement du format profite d'un flou juridique car il est présenté comme une amélioration de l'offre par les marques.
Parmi les meilleurs conseils pour repérer cette inflation masquée en magasin, le réflexe absolu reste de comparer systématiquement le prix au kilo, et d'ignorer les mentions marketing sur l'emballage. Audrey Morice, chargée de campagnes chez Foodwatch, résume parfaitement la situation : "Avec la stretchflation, foodwatch le montre une fois de plus : impossible de savoir qui, des distributeurs ou des industriels, s'en met plein les poches. Une certitude : les consommateurs se sentent floués".