La vente de Biogaran menace-t-elle l'accès aux médicaments essentiels et la sécurité d'approvisionnement ?

Publié par Stéphane Leduc
le 02/02/2026
Médicaments
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La cession du leader français des génériques au fonds BC Partners, avec une entrée minoritaire de Bpifrance, marque la fin d'un long feuilleton et soulève la question de la souveraineté sanitaire.

Ce changement de propriétaire intervient alors que la France traverse une crise structurelle de l'approvisionnement en produits de santé. Découvrez les garanties obtenues par l'État pour protéger l'accès aux médicaments essentiels face aux incertitudes du marché.

Une opération sous haute surveillance de l'État

Le laboratoire Biogaran, filiale historique de Servier, est officiellement cédé au fonds d'investissement européen BC Partners. Cette opération, qualifiée de sensible, clôt un épisode tendu marqué par l'abandon d'un projet de vente à des acteurs indiens, jugé trop risqué pour l'indépendance sanitaire du pays.

Fait notable, l'État français s'invite directement dans la gouvernance : via Bpifrance, il acquiert 15 % du capital. Une manœuvre destinée à surveiller de près la continuité des activités et à verrouiller l'ancrage hexagonal du géant pharmaceutique, comme le rapporte Capital.

Biogaran, colosse aux pieds d'argile

Le poids stratégique du leader est incontestable : Biogaran représente environ 30 % des ventes de génériques en officine. Selon Libération, cela correspond à plus d'une boîte sur huit de médicaments délivrés en France. Son portefeuille de près de 1 000 références inclut des traitements majeurs comme l'amoxicilline.

Pourtant, ce géant évolue dans un secteur fragilisé. Les génériqueurs dénoncent un « modèle économique à bout de souffle ». La pression sur les prix, fixés par les pouvoirs publics, rend l'activité peu rentable. Comme le souligne Le Parisien, les tarifs tricolores sont parmi les plus bas d'Europe. Conséquence immédiate : Servier imite Sanofi en se désengageant pour privilégier des thérapies innovantes plus lucratives (oncologie, neurologie).

L'inquiétude porte aussi sur la production. Le laboratoire ne possède pas d'usine en propre mais coordonne un réseau de sous-traitants, assurant environ 50 % de la fabrication en France et 90 % en Europe. Dans un contexte où l'ANSM a recensé 4 925 signalements de ruptures en 2023, la moindre menace de délocalisation alarme les autorités.

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Des indemnités et des garanties pour l'avenir

Face aux risques, Bercy a imposé des conditions strictes. Le ministre de l'Économie évoque des « garanties robustes » et sans limitation de durée. L'acquéreur s'est engagé à garantir un approvisionnement « continu, sécurisé et adapté aux besoins des malades français », selon les termes rapportés par Le Moniteur des Pharmacies. L'ancrage territorial est aussi verrouillé : maintien du siège, des emplois et du modèle de sous-traitance actuel. Tout manquement exposerait le fonds à de lourdes sanctions financières.

Sous l'égide de BC Partners, Biogaran amorce un virage stratégique. L'entreprise compte investir pour consolider sa position et vise le marché des biosimilaires (copies de médicaments biologiques) comme nouveau moteur de croissance. Toutefois, ce rachat ne règle pas tout. La rentabilité trop faible du générique en France reste une équation non résolue, qui réclame une révision de la politique de prix pour espérer une relocalisation durable.

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