Pourquoi l'étude sur les musulmans de France de l'Institut Montaigne n'est pas vraiment crédible ?

L’Institut Montaigne appuyée sur un sondage IFOP nous a livré le 17 septembre 2016 un portrait des musulmans de France qui met à mal un certain nombre d’idées reçues notamment sur la réalité du "vivre ensemble" dans la France de 2016. Malheureusement cette étude, pour éclairante qu’elle soit, repose sur de graves erreurs méthodologiques qui entachent sa crédibilité.

   

Qui est l’Institut Montaigne ?

Ce think tank considéré comme "libéral" a été créé en 2000 par Claude Bébéar, l’ex-président d’Axa, en collaboration avec les dirigeants de société Alain Mérieux du groupe Bio-Mérieux et Henri Lachmann, président du Conseil de surveillance de Schneider Electric. Il réunit  des chefs d'entreprise, des hauts fonctionnaires, des universitaires, des membres de la société civile venant d’horizons divers. Ses quelques 172 publications se veulent une plate-forme de réflexion, de propositions et d’expérimentations consacrée aux politiques publiques en France en vue de l’amélioration de sa compétitivité, de l’assainissement de ses finances publiques et du renforcement de sa cohésion sociale. Il affirme ne bénéficier que de financements privés pour un budget annuel d’environ 3 millions d’euros.  

Comment a été conduite l’étude ?

Selon ses responsables, les travaux de l’Institut sont le fruit d'une "méthode d'analyse rigoureuse, critique et ouverte sur les comparaisons internationales". Or l’étude appuyée sur un sondage IFOP ne concerne qu’un échantillon restreint (1029 personnes de plus de 15 ans dont 847 se définissent comme musulmans) et reste déclarative, ayant été réalisée par téléphone du 13 avril au 23 mai, soit avant les attentats de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray. Or on sait qu’en application de la taqqiya  - dissimulation recommandée par le Coran quand l’islam est en danger -  les réponses reflètent davantage ce que les musulmans veulent qu’on pense d’eux plutôt que leurs opinions réelles.

Les présupposés de l’étude

Le titre de l’étude "Un islam français est possible", même si sa positivité a été choisie pour contrebattre l’impact des révélations douloureuses de son contenu, est symptomatique de la soumission de ses responsables à la pensée dominante pour obtenir leur brevet de légitimité. Le Monde ne s’y est pas trompé donnant à son article sur l’étude un titre anodin "Les musulmans de France, une population jeune et diverse" alors que le texte signé Cécile Chambraud est beaucoup plus incisif. Mais on a vu, notamment avec la photo du petit Aylan Kurdi, comment ce journal sait formater l’opinion publique selon son idéologie, et n’hésite pas à s’en glorifier. "Il fallait influencer l’opinion publique".

L’erreur quantitative qui décrédibilise la méthodologie de l’étude : le nombre de musulmans en France  

Bien qu’il soit difficile de s’appuyer sur des statistiques ethniques ou religieuses interdites, on ne peut évacuer cette question majeure. Ainsi le JDD qui commente l’étude n’évite-t-il pas l’enfumage médiatique "Les musulmans seraient entre 3 et 4 millions. L’Institut Montaigne ose un chiffre sur la présence – souvent fantasmée – de musulmans dans notre pays. On est loin des 8% à 10% de la population brandis par les théoriciens catastrophistes du “grand remplacement”. Selon l’Ifop, ils représenteraient 5,6% des plus de 15 ans vivant en France et 10% des moins de 25 ans".  

Selon l’Institut Montaigne lui-même, il y avait en France en 2004, 5 à 6 millions de personnes d’origine maghrébine donc en quasi-totalité musulmanes. Ils n’ont pas disparu en 10 ans, bien au contraire. Et ce ne sont pas les seuls musulmans résidant en France puisqu’il faut y ajouter la majorité des Africains d’origine subsaharienne, les Turcs, les populations originaires des Balkans, du proche et du Moyen-Orient, les nouveaux convertis… On rappellera également que selon Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, les musulmans étaient déjà 5,5 millions en 1998 et  selon Bruno Etienne, l'ancien directeur de l’Observatoire du religieux, 6 millions en 2002.

Les travaux rigoureux que nous avons menés en croisant les trois approches scientifiques (méthode d’évolution des flux, méthode des origines, combinatoire du solde migratoire et du différentiel de fécondité), actualisés en 2016 dans L’islamo-business vivier du terrorisme (Pierre-Guillaume de Roux)  qui sort en librairie le 22 septembre, aboutissent à une estimation qui tourne autour de 8,5 millions de musulmans en France dont près de 4 millions de musulmans "actifs".

Ou bien l’Institut s’est pris les pieds dans le tapis - comme Jean-Pierre Chevènement -  ou bien il ne parle que des musulmans pratiquants et dans ce cas il faut référer les résultats de son travail à la population d’actifs résidant en France et non à la population totale.    

L’erreur qualitative qui décrédibilise les résultats de l’étude : le regard sur le fondamentalisme

L’Institut Montaigne a voulu faire le buzz en affichant un des résultats majeurs de l’étude à savoir que 28% des musulmans mettent la loi islamique au-dessus des valeurs de la République et que cette proportion dépasse 50% chez les 15-25 ans.  

Ce groupe se divise en fait en deux catégories, les "autoritaires" (13%) dont une forte minorité est favorable à la polygamie et au port du niqab et hostile à la laïcité mais pour lesquels la foi doit s’exprimer dans la sphère publique et les "durs" (15%) qui, tout en affichant les mêmes principes dans une proportion supérieure, considèrent que la foi relève de la sphère privée. On retrouve ici le clivage entre le "grand djihad" qui est un combat intérieur du croyant et le "petit djihad" qui est un combat pour le triomphe de l’islam dans le monde.

L’islamisme radical dans ses diverses obédiences (fondamentalisme, wahhabisme, salafisme, appartenance aux Frères Musulmans…) se cristallise en effet sur trois principes communs  :

- le religieux et le politique sont indissolublement liés ;  

- l’islam doit devenir la religion la plus importante de la planète et à terme la seule ;

- la charia doit s’appliquer dans tous les pays où les musulmans sont au pouvoir.

Les musulmans ne sont pas (ou pas encore) au pouvoir en France. Le choix de privilégier la charia sur les valeurs de la République relève donc actuellement d’un souhait et non d’un combat. Par ailleurs, la plupart de ceux qui adhérent totalement aux thèses de l’islamisme radical – il y en aurait plus de 100.000 en France -  sont pacifistes et dans cette mouvance les "activistes" prêts à passer à l’action sont à peine plus de 10.000. C’est largement suffisant pour multiplier les attentats mais pas assez pour constituer une force susceptible de faire basculer un pays dans la guerre civile.

Les medias qui ont rapporté avec gourmandise ces conclusions ont en fait agité le chiffon rouge devant des tenants d’une laïcité rigoureuse tentés de proclamer : "vous voyez que près d’un tiers des musulmans n’ont pas leur place dans notre République".

Pour ne pas conclure

Il est dommage qu’une étude, par ailleurs intéressante sur les attentes et les réactions des musulmans de France où l’on apprend par exemple que 60 % des musulmans demandent l’autorisation du voile à l’école et que 80 % des croyants veulent manger halal soit entachée d’une absence de rigueur. Et ce ne sont pas les propositions formulées en conclusion (enseignement de l’arabe classique à l’école, salariat des ministres des cultes par l’Etat selon le modèle du concordat d’Alsace-Moselle…) qui sont susceptibles d’apaiser les esprits dans une France qui est en guerre contre le terrorisme islamiste comme l’ont rappelé les plus hautes autorités de l’Etat.

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