Pour la première fois depuis le drame de Vilnius, Bertrand Cantat parle. Dans une longue interview accordée aux Inrocks pour la sortie de son nouvel album, le chanteur revient sur la mort de Marie Trintignant, la prison et de son retour à la réalité.

© Abaca Press

Cantat parle. En Une des Inrocks, à qui il a accordé une longue interview à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Bertrand Cantat s’exprime pour la première fois depuis dix ans sur la mort de Marie Trintignant. « Je sais que j’ai commis l’irréparable » confie-t-il. Celui qui revient aujourd’hui sur le devant de la scène musicale évoque le drame de Vilnius. « Je ne suis pas dans le déni de ce qui s’est passé » déclare le chanteur, qui a été condamné à huit ans de prison. « Je n’ai jamais fui ma responsabilité ».

« J'ai préparé mon suicide »« Je ne pouvais pas croire ce qui était arrivé » avoue-t-il, évoquant le soir du drame. « Je ne me souviens plus dans quel état on était, et pas seulement émotionnellement. (...) Je n'ai rien compris à ce qui s'est passé dans l'action. C'est la pire des culpabilités » dit Bertrand Cantat, qui indique avoir voulu en finir. « Après avoir accompagné Marie à l'hôpital, j'ai été viré et je suis revenu à l'appartement. Pour me flinguer. J'ai préparé mon suicide : en faisant couler un bain, en y préparant des lames de rasoir pour m'y trancher les veines et en prenant des médicaments pour m'abrutir. J'en ai trop pris et je me suis effondré. Je me suis réveillé 48 heures plus tard à l'hôpital, avec la police au pied du lit ».

La prisonL’ex-leader de Noir Désir parle aussi de la prison à Vilnius, où il a été incarcéré, isolé des autres détenus. « Je n'avais le droit de parler à personne. Je chantais, je hurlais seul, dans mon sous-sol. C'était une toute petite pièce, avec un vasistas qui laissait à peine passer un peu de lumière du jour, éclairée par un néon de 6 heures du matin à 22 heures et le reste du temps par une grosse ampoule » raconte Bertrand Cantat. « Je ne pouvais pas dormir, j'en étais de toute façon incapable. Alors ils m'abrutissaient de médicaments » ajoute-t-il, expliquant que c’est grâce à ses enfants qu’il a tenu. « Sans les enfants, sans cette responsabilité, je me serais suicidé en prison ».

Le soutien de ses camarades de Noir DésirBetrand Cantat parle aussi de son retour à la musique. Il explique comment ses anciens compagnons de Noir Désir l’ont aussitôt rejoint à Vilnius après le drame pour le soutenir. « Ils ont été très importants » confie le chanteur. Après sa sortie de prison, le groupe s’est reformé mais a fini par imploser en 2010. « J'avais besoin de liberté et je me suis rendu compte que Noir Désir était devenu une autre prison, où il fallait demander l'autorisation pour chanter » raconte Bertrand Cantat.

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Retour à la musiqueAujourd’hui, alors qu’il pourrait de nouveau être visé par la justice, le parquet de Bordeaux ayant rouvert l’enquête sur la mort de son ex-épouse Kristina Rady, son retour sur la scène musicale est salutaire. « C'est un espace qui m’est plus naturel que la vie. Quand je vois à quel point je suis doué pour la vraie vie, je préfère être sur scène ». Mais Bertrand Cantat avoue également ne pas avoir le choix : « je dois faire de la musique pour vivre aujourd’hui » ajoute-t-il.

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