Le triomphe de la CGT

La CGT a gagné : ceci était facile à prévoir. Ce qui l'était moins, c'est l'ampleur de sa victoire. Rappelons le bilan, qui n'est peut-être que provisoire, et qui, incontestablement, est uniquement dû à la terreur inspirée par la CGT. Dans chaque cas, le gouvernement a fait un pas en avant, puis deux pas en arrière.

Les routiers ont été les premiers servis. Les enseignants ont bénéficié d'une revalorisation substantielle. La recherche, épaulée par les prix Nobel, mais avec le SNESup en toile de fond, a eu plus que ce qu'elle espérait. Les intermittents n'ont eu qu'à montrer le bout de leur nez pour être rassurés. C'est François Hollande lui-même qui a été au-devant des maires pour diviser par deux leurs futures restrictions budgétaires, effort qui était pourtant bien modeste. Contre l'usage, le gouvernement a court-circuité la direction de la SNCF pour imposer la satisfaction des demandes des cheminots.

Les pilotes d'Air France, exploités comme chacun sait, ont bien ressenti cette brise printanière : ils proposent une grève dès l'ouverture de l'euro. L'issue est évidente : seuls les détails du "compromis" restent à négocier. Bref, tant que le cerbère cégétiste montre ses crocs, il suffit de frapper à la porte de l'enfer pour être comblé.

Quant au dit cerbère, il s'offre le luxe de faire la fine bouche et aimerait une cerise sur le gâteau : un léger aménagement du fameux article 2  que nombre de députés socialistes, y compris hollandais, sont prêts à accorder.

Et qu'on ne s'y trompe pas ; ce n'est pas une victoire à la Pyrrhus ; ce sont plusieurs milliards d'euros qui ont quitté les poches de l'Etat pour emplir celles des bénéficiaires. Le Français moyen est irrité par l'intrusion des grèves dans sa vie quotidienne, mais, en même temps, il a bien compris que la puissance de la CGT reste une ligne Maginot contre les excès du capitalisme mondial.

Nul doute que la droite, elle aussi, ait entendu le message, cinq sur cinq. Je suis convaincu que cet épisode a plutôt renforcé le prestige de la CGT : seul un attentat terroriste réussi pourrait avoir l'effet inverse. Il faut bien avouer que  les valses précitées ont considérablement compliqué le travail des policiers.

Et François Hollande ? A court terme, son incompétence s'est affirmée. Par contre, à long terme, il ne s'est pas encore coupé de la gauche modérée. Son challenge n'est pas d'être bon mais d'être moins inquiétant que Marine Le Pen ou Alain Juppé. D'ailleurs, François Fillon et Nicolas Sarkozy avaient, eux aussi, ouvert certaines vannes budgétaires pour faire avaler la loi sur la modification de l'âge du départ en retraite.   

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