Le cardinal Barbarin est dans l'erreur

Monsieur D. a plus de quarante ans. Jeune, il a subi des attouchements de la part d'un prêtre. En 2014, il apprend que ce prêtre est encore en fonction et peut avoir des contacts avec des enfants. Il demande à Mgr Barbarin d'intervenir. Celui-ci organise un réunion "fraternelle" entre Monsieur D. et le prêtre impliqué, avec pardon et prière au menu. Mais le prêtre reste en place. Monsieur D. écrit alors au pape et c'est uniquement à partir de cette demande que Barbarin intervient efficacement.

Qu'en pense Jésus-Christ qui, sauf erreur de ma part, doit rester la référence absolue pour les églises chrétiennes ? Voici, pour le non-initié, un extrait de l'évangile selon saint Matthieu (18:5-10) :

"Quiconque accueille en mon nom un petit enfant comme celui-ci, m’accueille moi-même. Mais, si quelqu'un fait tomber dans le péché un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on suspende à son cou une meule de moulin, et qu'on le jette au fond de la mer.Malheur au monde à cause des fautes majeures ! Il est inévitable qu’il y ait des fautes majeures. Mais malheur à l'homme par qui la faute majeure arrive ! Donc, si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer dans la vie éternelle boiteux ou manchot, que d'avoir deux pieds ou deux mains et d'être jeté dans le feu éternel. Et si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut, pour toi, entrer borgne dans la vie éternelle que d'être jeté, avec tes deux yeux, dans la géhenne de feu.   Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits. Car, je vous le dis, leurs anges, dans les cieux, voient continuellement la face de mon Père, qui est aux cieux."

Selon moi, "arrache ton oeil" est évidemment une formulation symbolique typiquement orientale. Cela veut dire que, si on un charisme mais que l'on ne peut pas s'empêcher de mal utiliser ce don, la priorité est d'éviter la faute majeure.

Je crois utile d'ajouter un souvenir personnel. Le premier homme que j’ai vraiment pu admirer moralement et intellectuellement était un prêtre, un professeur de français. On sentait qu’il aimait ses élèves, qu’il voulait leur partager sa passion pour les grands classiques. D’autres profs aussi étaient valables, mais, lui, il était formidable. Un jour, je suis revenu au collège, pour une fête des anciens. Ce professeur était mort depuis longtemps. Nous partagions nos souvenirs, comme il convient. J’en ai peu parlé, comme souvent. J’ai simplement évoqué ce professeur, et l’admiration que je lui portais. C’était là l’essentiel de ce qui me restait de ces trois années de pensionnat. Quand j’ai dit cela, quelques autres se sont tus et m’ont regardé avec un air étrange, très étrange. Une anecdote, si ce n’est que cela, m’est revenue en mémoire. Je l’avais complètement oubliée.

En octobre, ou en novembre, un soir, ce professeur m’avait fait venir dans son bureau. Je pensais qu’il voulait me parler de mon travail. Il m’avait pris sur ses genoux. J’étais l’un des rares élèves à être encore en culotte courte. Il m’a caressé les cuisses, assez haut. Je n’ai rien vu venir. Ma sexualité était encore en léthargie. Comme je l’estimais, j’étais assez flatté de le voir s’occuper ainsi de moi. Ce soir-là, il n’a pas été plus loin. Il ne m’a jamais convoqué par la suite. Cela m’a un peu déçu, mais je me suis dit qu’il avait mieux à faire.

Et aujourd'hui, qu'est-ce que j'en pense ? Peut-être que le directeur de l’institution, connaissant mon histoire, l’a convoqué pour lui dire : "Cet enfant-là, tu n’y touches pas". Je peux me tromper. Dans le fond de mon cœur, j'aime à croire que ce geste déplacé n'était que le besoin d’un homme en mal de paternité. Je préfère garder cette image : ma première référence masculine intellectuellement et moralement incontestable. Par contre, j'ai aussi un cerveau. Il faut bien que j’admette l’évidence. S’il avait été pédophile, si j’avais été un peu moins en retard et s’il avait trouvé le chemin pour éveiller ma propre sexualité, l'addiction et de terribles ravages psychologiques, probablement irréversibles, étaient assurés.

Oui, Barbarin est dans l'erreur, et il n'est pas le seul. La priorité n'est pas le pardon : il viendra plus tard. Ami lecteur, si tu as connaissance de faits proches de la pédophilie, quel qu'en soit l'auteur, ce n'est pas une église qu'il faut informer, mais la police ou, mieux encore, le procureur de la République.

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