Immigration : Le Petit Journal de Canal+ pris les doigts dans la confiture

Le Petit Journal du lundi 30 mai 2016 n’a pas raté l’occasion fournie par les "rendez-vous de Béziers", organisés par Robert Ménard du 27 au 29 mai, pour stigmatiser une extrême droite présentée à l’opinion publique comme anti-immigrationniste, islamophobe, nauséabonde, conservatrice et raciste dans un reportage totalement à charge. Sauf qu’il ne montre qu’une part de la vérité, comme on va le voir.

La presse locale tire la première salve  

Le journal local Le Midi Libre avait déjà tenté dans sa double page du dimanche 29 mai de minimiser l’impact de ce rendez-vous de quelques 1500 à 2000 participants. La première page était entièrement occupée par une interview de Dominique Sopo, président de SOS-Racisme, opposant déclaré de ce rendez-vous, venu contremanifester contre "une pensée furieusement d’extrême droite". La seconde page consacrée au rendez-vous était à moitié occupée par le clash entre Robert Ménard et le FN qui lui avait "claqué la porte au nez" et par une photo de la contre-manifestation présentée comme "un défilé de 500 personnes" et dont un comptage minutieux la réduit à moins de la moitié. Le maire de Béziers aurait donc échoué dans sa tentative de faire débattre les "droites hors les murs" autour de son mot d’ordre : "Oz ta droite". Au moins quelques informations indiquaient la variété des thèmes traités et des personnes invitées. C’était  encore trop pour Le Petit Journal.

L’immigration seul plat de résistance ?

Canal+ n’a consacré son petit journal qu’à la table ronde sur l’immigration. Il y en avait pourtant neuf autres, toutes de 2h30 à 3 heures chacune, animées par des journalistes de Boulevard Voltaire et de Valeurs Actuelles, sur l’économie, les medias, la famille, l’armée, la sécurité et la justice, l’école, la culture, l’Europe, l’agriculture et l’écologie. Mais cela n’aurait pas fait le buzz. Il fallait une condamnation exemplaire et sans appel.

Tous extrêmes ?

Il était en effet difficile d’accuser Denis Tillinac, Charles Beigbeder, Maître Gilles-William Goldnadel, Thierry de Montbrial, Roland Hureaux, Xavier Lemoine, Jean-Paul Brighelli, Chantal Delsol ou François Guillaume, tous participants à cette manifestation ou à ces débats, de collusion avec les droites extrêmes. A moins d’élargir le concept de droites extrêmes à tous ceux qui ne sont pas d’accord avec la pensée du Petit Journal. Donc il disposait de la formule magique. On allait focaliser sur la table ronde sur l’immigration. Et dans un habile montage entre les propos des intervenants et les paroles de la salle, montrer à quel point cette manifestation suppure l’extrêmisme, le racisme et l’islamophobie.

Le théorème de Yann Barthès : si tu participes à un débat, c’est que tu es d’accord avec celui qui l’organise

Il faut dire qu’avec à la tribune Renaud Camus, condamné en 2014 et en appel en 2015 pour provocation à la haine raciale, et Jean-Yves Le Gallou dont le dernier ouvrage s’appelle L’immigration la catastrophe : que faire ? (Editions Via Romana 2016),  Le Petit Journal pensait avoir décrocher le jackpot. C’était déjà plus difficile avec Ivan Rioufol, aléatoire avec le blogueur Serge Federbusch du Parti de la Liberté …et impossible avec votre serviteur.

J’ai en effet déclaré d’entrée que je n’étais ni ménardolâtre, ni ménardophobe, que je ne m’inscrivais pas dans la problématique de "la droite hors les murs", et que si j’avais accepté de participer à ce rendez-vous où j’étais invité et que je l’assumais, c’était parce que je consacrais une partie de mes forces à lutter contre la désinformation dans les médias et notamment à la désinformation sur l’immigration.

En conséquence  je suis le seul invité à la tribune dont Le Petit Journal n’ait pas passé les propos  et l’interview auquel ils m’ont convié à la sortie a été zappé. Normal. J’avais déclaré que je venais d’intervenir pour la LICRA de Besançon et Solidarité Internationale et que j’irai aux Inrocks s’ils me le demandaient. Vous avez dit "censure" ?

Ce qui a donc permis à l’animateur  d’annoncer dans sa présentation des intervenants : "autant dire qu’ils sont tous quasiment d’accord" et au Petit Journal, dans un montage brillant, sarcastique mais contraire à la chronologie des faits et à la teneur du débat, de mettre bout à bout les propos les plus extrêmes entendus à la tribune et dans la salle. Il n’a été question que du triptyque islam-guerre civile-remigration pour faire croire à tous ceux qui n’étaient pas sur place que le rendez-vous de Béziers était l’abomination de la désolation.

Effet placebo ou effet boomerang

Ce reportage orienté ne convaincra que ceux qui l’étaient déjà ou sont prêts à tout accepter dès lors qu’il s’agit de lutter contre l’extrême-droite. Le Petit Journal, rendez-vous obligé et joliment caustique de la bienpensance s’y adonne avec délices. Mais on peut se demander si ce bourrage de crâne n’est pas contraire aux espoirs de ceux qui le pratiquent, puisqu’en accroissant le fossé entre ce que les gens vivent au quotidien et les vérités que les medias leur assènent  il ne fait qu’accroître la défiance de l’opinion publique vis-à-vis de l’information,  des medias, et des politiques. Après tout on n’a jamais autant diabolisé l’extrême-droite et elle n’a jamais autant progressé.

En vidéo sur le même thème :Robert Ménard : "Oz ta droite !" ne serait pas "le marchepied" du FN