La réforme sans avenir

On nous annonce une "grande réforme" de la fonction publique ; je parie, sans risque, que ce nouvel avatar du "courage" macronien se transformera en petite souris, comme les autres, et c’est tant mieux.

Les départs volontaires ? Il y aura deux types de candidats ; d’une part, les personnes compétentes qui trouveront mieux dans le privé et dont l’État a le plus grand besoin ; d’autre part, les fonctionnaires dégoûtés par un travail ingrat, mal considérés et peu soutenus, comme c’est le cas dans les "points chauds" de l’Éducation nationale : vous croyez vraiment que des contractuels, qui n’ont même pas la sécurité de l’emploi, feront mieux que les précités fonctionnaires ! De plus, le flot de ces départs volontaires sera marginal.

Favoriser la mobilité spatiale ? Il est plus facile d’imposer à un fonctionnaire d’aller travailler là où on a besoin de lui qu’à un contractuel qui est embauché sur un contrat précis dans l’espace et dans le temps. Plus généralement, regardez les médecins qui ne sont pas des fonctionnaires : est-ce qu’ils se précipitent pour aller œuvrer dans les déserts médicaux ?

Favoriser la mobilité en terme de compétence ? Le rapport récent sur l’enseignement des mathématiques nous dit qu’il faut améliorer la formation des enseignants ; est-ce que leur proposer des CDD va les motiver pour effectuer un apprentissage qui risque de ne leur servir qu’une seule année ? Et, dans le privé, est-ce que l’on demande à un médecin de devenir notaire ? Aujourd’hui, la mobilité qui fonctionne le mieux est le "pantouflage" : Emmanuel Macron est bien placé pour le savoir.

Rémunérer au mérite ? Je connais suffisamment le monde de l’enseignement pour vous affirmer que les enseignants "méritants" seront les "lèche bottes" de l’administration en place et sûrement pas ceux qui essaient, parfois dans des conditions difficiles, de tenir solidement la barre, voire même d’innover. Et, dans les hôpitaux, êtes-vous sûr que les mieux notées seront les infirmières, ou les filles de salle, qui sont à la limite de l’épuisement, et non pas les collaboratrices d’un patron influent. D’ailleurs, les secrétaires qui travaillent dans la fonction publique ont tout fait pour que leur "note administrative" soit quasiment automatique : c’est dire la confiance qu’elles accordent collectivement à l’objectivité de leur patron.   

La mobilité dans la haute administration ?  On dit qu'Emmanuel Macron n’y a changé presque aucune tête, et c’est probablement très bien ainsi.

Alors, peut-on réformer la fonction publique ? Oui, évidemment, mais pas avec des chevauchées de Don Quichotte. Qu’est-ce qui marche ? Les améliorations techniques via l’utilisation des outils modernes ; la numérisation a été fort bien amorcée par le service des impôts ; la chirurgie ambulatoire assure des économies, sans perte d’efficacité et de confort, au contraire ; et les progrès potentiels pour demain sont fabuleux. Et dans l’Éducation nationale ? Les moyens modernes y sont, malheureusement, encore fort peu utilisés, mais c’est plus le fait des inspecteurs et de l’administration que celui du statut de la fonction publique. J’attends, entre autres, pour voir comment, concrètement, Cédric Villani va organiser la nouvelle formation des "formateurs" en mathématiques : c’est là que tout va se jouer (pour ce point) et non pas dans une modification des statuts ; en dépit d’une idée initiale fondamentalement bonne, les IUFM, mis en place par Lionel Jospin, ont été une catastrophe.

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