La ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, a annoncé ce vendredi, lors d’un entretien avec le journal Le Monde, qu’elle se battait depuis moins d’un an contre un cancer du sein. Elle a décidé aujourd’hui de dévoiler sa maladie pour "faire évoluer le regard de la société".

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Dominique Bertinotti, la ministre de la Famille qui a présenté avec Christiane Taubira le projet de loi instituant le mariage pour tous, a révélé ce vendredi dans Le Monde être atteinte d’un cancer du sein. Personne au gouvernement n'était au courant de sa maladie, elle ne souhaitait pas "être réduite à un cancer".

"J'ai un cancer. Je suis entrée dans une phase de traitement. Je souhaite que cela reste strictement entre nous" ce sont les mots que l’ancienne maire du 4e arrondissement de Paris a confié au président de la République le 2 mars 2013 après sa première séance de chimiothérapie. Elle se confie aujourd’hui au journal Le Monde.

La ministre, qui devrait bientôt enlever la perruque qu’elle porte depuis presque huit mois, ne veut pas "être réduite à un cancer" mais elle évoque sa maladie "pour aider à faire évoluer le regard de la société sur cette maladie dont le nom est terriblement anxiogène. Pour montrer qu'on peut avoir un cancer et continuer une vie au travail".

"Ça vous tombe dessus et ça ne s'arrête plus"

"Je n'avais rien, aucun signe. Et puis à un moment, sans transition, vous devenez un malade. Vous entrez bien portante, vous ressortez dans un autre monde. Ça vous tombe dessus et ça ne s'arrête plus, les examens, l'IRM, les sueurs froides, les résultats qui font peur. Vous prenez tout sur la tête", explique Dominique Bertinotti.

Pendant un an, la ministre de la Famille a caché sa maladie à ceux avec qui elle travaille tous les jours. Ségolène Royal avait pourtant remarqué, à l’université du Parti socialiste à La Rochelle, que son amie avait une mauvaise mine. Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la santé s’était, quant à elle, étonnée de "certains signes sur son visage".

Il y a seulement deux semaines que Dominique Bertinotti a annoncé son cancer au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Ce dernier, abasourdi lui a simplement demandé : "Est-ce que tu as pu te reposer ?".

"Dominique nous a bluffés. Pouvoir vivre avec sa maladie sera l'un des grands enjeux à venir", raconte Marisol Touraine une fois la maladie connue.  

"Je voulais bien être une ministre malade, pas une malade ministre"

"Serais-je restée silencieuse si je n'avais pas été une femme politique ? Je ne sais pas. Personne ne peut dire comment on va entrer dans la maladie. Instinctivement, je ne voulais pas mettre le cancer au centre. Je voulais bien être une ministre malade, pas une malade ministre. C'est un tel ébranlement de vous-même… Je ne me sentais pas assez forte pour gérer en plus le regard des autres", explique la ministre.

Dominique Bertinotti, âgée de 59 ans, explique également comment elle a pu tenir secret son cancer aussi longtemps : "j'étais obligée de m'occuper de moi deux fois plus. J'ai remonté mon heure de réveil pour me pomponner. Plus ça se détériore, plus vous vous maquillez. J'ai eu droit à : “Tu as vraiment bonne mine !” “Ta coiffure est très réussie !” C'est bon à prendre…"

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"Ce choix du silence est de l'ordre de l'intime. Chacun a sa façon d'entrer en maladie. Comme ministre, ma seule question était de savoir si j'avais la capacité de remplir ma mission. C'est fait", ajoute Dominique Bertinnoti et précise : "c'est une maladie qu'on ne peut pas oublier. Ministre, pas ministre, ça vous atteint dans votre chair".

Dominique Bertinotti  se consacre aujourd’hui à la préparation de la future loi Famille prévue pour le mois de mars.

François Mitterrand, en 1992, avait avoué un cancer avancé de la prostate après avoir fait mentir son médecin personnel sur son état de santé pendant plus de dix ans.

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