Alternatives à droite : le train est sur les rails. Restera-t-il en gare ?

Au moment où pour la majorité de l’opinion publique et dans l’attente des décisions de la justice, François Fillon apparaît de plus en plus comme "le Cahuzac de la droite" et alors que les plans B s’ourdissent dans une certaine confusion, quelles sont les cartes étalées sur la table ? Décryptage.

Je précise que je ne m’exprime pas ici comme consultant international sur l’Afrique et des migrations mais comme celui qui a enseigné pendant plus de 10 ans l’image politique à l’Université Paris XII-Créteil.

Les petits candidats

La focalisation des medias sur les déboires de François Fillon, fait souvent oublier que d’autres candidats visent à représenter les valeurs de la droite.

Nicolas Dupont-Aignan, né en 1961, gaulliste indépendant, député et président de "Debout la France" a déposé ses 708 parrainages. Il est donc juridiquement qualifié. Il avait obtenu en 2012 1,78 % des voix. Alors que le potentiel des électeurs qui pourraient le cas échéant  voter pour lui était de 21% au début de l’automne, il plafonne aujourd’hui  sous la barre des 5% et apparaît comme un homme seul malgré sa bonne gestion de la mairie de Yerres. Il ne paraît actuellement pas en mesure de capter les voix qui étaient promises à François Fillon… sauf s’il ne restait plus aucun candidat à droite.

Michelle Alliot-Marie, née en 1946, ancienne ministre et "gaulliste orthodoxe", n’a pas participé à la primaire de la droite mais a déclaré sa candidature à la présidentielle le 8 décembre 2016. Ayant relativement disparu de la scène politique depuis ses relations controversées avec le président Ben Ali, elle a assuré à l’époque disposer déjà de la moitié des parrainages nécessaires. Ce sont toujours les derniers qui sont les plus difficiles à obtenir…

C’est un peu le même cas pour le général Didier Tauzin, né en 1950, candidat à la présidentielle depuis le 13 mai 2016 et dont le programme est exposé dans trois ouvrages parus chez Mareuil en 2015, 2016 et 2017 sur le thème "Rebâtir la France". Partisan de la démocratie directe et de la réforme de l’Etat, il récuse toute collusion avec l’extrême droite. Il a déclaré récemment sur TV-Libertés avoir recueilli environ 300 parrainages  avec  "de nouveaux qui arrivent tous les jours" et mène une campagne en solitaire auprès des maires des communes rurales pour tenter de décrocher ceux qui lui manquent.

Reste le cas d’Henri Guaino, né en 1957, ancienne plume de Nicolas Sarkozy, qui se veut héritier du gaullisme. Il n’a pu se présenter à la primaire de la droite faute de parrainages suffisants mais a annoncé sa candidature aux présidentielles le 9 septembre 2016  pour une élection que pourtant il dit ne pas apprécier. Cet "éternel frondeur", désavoué par son parti, tire aujourd’hui à la kalachnikov sur les propositions de François Fillon. Selon le député républicain Jacques Myard, c’est simplement "un intellectuel égaré en politique". Interrogé sur le nombre de parrainages dont il dispose, il a jusqu’ici refusé de répondre.   

Les paramètres d’une élection présidentielle

Même si le député Georges Fenech a allumé le premier la mèche,  assurant dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas et a été menacé de se voir retirer l’investiture de son parti pour les législatives, les Républicains n’échapperont pas à une explication de gravures alors que leur candidat s’effondre et que leurs députés constatant le désarroi de leur électorat, craignent pour leur siège aux législatives.

On sait – et toutes les élections précédentes l’ont montré – qu’une campagne présidentielle prend sa dynamique dans les six dernières semaines. Théoriquement le remplacement d’un candidat est donc possible si le futur postulant à la présidentielle a gravi les trois étages traditionnels qui président à sa mise sur orbite :

la représentativité : je suis soutenu par l’appareil de mon parti, les militants et une partie de l’opinion publique ;

la crédibilité : je peux être élu ; au-delà de mes soutiens j’ai la capacité d’opérer un rassemblement  sur mon nom, soit grâce à la dynamique de ma campagne, soit parce qu’une partie des électeurs votera pour moi par défaut ;  

la fiabilité : je tiens mes promesses et je peux le prouver dans les mandats que j’ai déjà exercés.  

Mais aujourd’hui où le discrédit frappe toute la classe politique et où la transparence et l’honnêteté sont  perçues comme des valeurs présidentielles majeures, deux nouvelles exigences sont apparues  pour le candidat à la présidence :   

- n’avoir aucune casserole susceptible de le décrédibiliser : fausse déclaration fiscale, conflits d’intérêts, comptes off shore, collaborateurs empêtrés dans des affaires…

- être jeune et apporter du neuf dans la vie politique tant sur le contenu que sur le fonctionnement des institutions.

Les plans B

Alors quand, comment  et qui ?

Quand ? Il n’est pas trop tard. La date de limite des déclarations des candidatures est fixée au I7 mars. D’ici là il faut recueillir les parrainages même si chaque élu ne peut apporter ses parrainages qu’à un seul candidat et si les transferts entre candidats sont difficiles. François Fillon a lui-même demandé qu’on lui laisse 15 jours soit jusqu’à la mi-février. 15 jours dans la tourmente médiatique c’est très long !

Il a aussi affirmé qu’il ne renoncerait pas sauf s’il était mis en examen. Pouvait-il dire autre chose au risque de démobiliser ses partisans ? S’il n’obtient pas un non-lieu et le classement de l’affaire  – et on devrait le savoir assez vite – une information judiciaire sera ouverte par la procureure et confiée à un juge d’instruction ce qui signifie qu’il y a de lourdes charges dans le dossier. Même si cela ne débouche pas sur une mise en examen avant les présidentielles et malgré la présomption d’innocence, son image de marque sera encore plus écornée.

Comment ?  D’où la proposition de Georges Fenech de réunir un conseil national extraordinaire. L’organisation de nouvelles primaires est hasardeuse et rien n’est prévu dans les statuts du parti si le candidat est obligé de renoncer. Quelle que soit la procédure adoptée, elle sera sans doute houleuse, mais tiendra les medias en haleine et peut constituer la rampe de lancement d’un nouveau candidat ?

Qui ? Appeler à la rescousse un candidat battu dans la primaire comme Juppé ou Sarkozy, c’est mettre en position difficile  un battu en interne qui voudrait gagner en externe. Les deux candidats concernés ont d’ailleurs assuré qu’ils n’iraient pas en session de repêchage. Les autres sont plombés par leurs scores minimes au premier tour. Quant à François Bayrou, ses chances pour un troisième mandat, s’il le brigue sont minimes.

Alors un nouveau visage ? jeune, dynamique et réformateur ?

Laurent Wauquiez, né en 1975 (le plus jeune), ancien ministre, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il représente la tendance conservatrice dure mais a suscité des controverses dans son parti.

Xavier Bertrand, né en 1965, ancien ministre, président de région Hauts-de- France. Il représente la tendance conciliante et s’est tenu à l’écart de la primaire.

Valérie Pécresse, née en 1967, ancienne ministre et présidente de la région Ile-de-France qui malgré son choix aux primaires bénéficie d’une bonne cote à droite et d’une surcote dans l’électorat féminin.

Mais ces trois candidats potentiels sont-ils prêts à abandonner la région où ils se trouvent bien, sont globalement appréciés et assurent la promotion avec des opportunités d’avenir indiscutables ?

On parle aussi de François Baroin, né en 1965, élu en 2014 président de l’association des maires de France, ancien ministre dont Nicolas Sarkozy envisageait d’en faire son premier ministre et de Gérard Larcher, né en 1949, président du Sénat, mais dont l’âge et la longévité de carrière peuvent constituer un handicap.

Pour ne pas conclure

Ils sont tous représentatifs, crédibles et fiables ? Voudront-ils y aller ? Seront-ils adoubés ? Ou faut-il attendre une surprise ?  

Pendant ce temps leurs adversaires ne perdent pas le leur même si Emmanuel Macron, le favori des medias, retarde au maximum le temps où il lui faudra annoncer un programme qui sera à ce moment pris pour cible par ses concurrents.

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