Le festival de la viande de chien de Yulin

Chaque année à Yulin, en Chine, des milliers de chiens (et même quelques chats) sont abattus de façon très violente lors d'un rassemblement pour le solstice d'été et leur chair y est vendue comme nourriture. Couramment désigné sous le nom de festival de la viande de chien de Yulin, cet événement est vigoureusement condamné par la communauté internationale ainsi que par de nombreux Chinois. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi l'idée d'abattre, de cuire, de démembrer et de manger nos animaux de compagnie suffit à elle seule à donner la nausée à la plupart d'entre nous.

Mais il n'y a aucun fondement rationnel pour que le fait de se nourrir d'autres animaux ne suscite pas la même révulsion, surtout lorsque l'on sait que les animaux élevés et abattus sont souvent victimes d'horribles traitements similaires à ceux infligés aux chiens à Yulin.

Les chiens tués et mangés à Yulin sont généralement acheminés depuis d'autres villes. Ils sont chargés dans d'étroites cages et entreposés dans des camions qui peuvent ensuite parcourir des centaines de kilomètres avant d'arriver à Yulin. Lors du transport, les animaux sont souvent privés de nourriture, d'eau et de repos. Il en va de même au sein de l’UE pour des animaux sensibles comme les moutons, vaches, et autres animaux. Des pays comme l'Irlande et la France exportent couramment des animaux vivant vers des endroits aussi lointains que la Jordanie ou la Lybie. Ces êtres vivants sont chargés dans des bateaux et des camions pour un voyage infernal qui dure souvent des milliers – et non pas des centaines – de kilomètres et qui s'achève violemment avec la lame du tueur.*

Nous sommes évidemment choqués par les méthodes atroces employées pour abattre les chiens à Yulin. Certains sont ébouillantés vivants. C’est une mort épouvantable qui glace le sang de la plupart d'entre nous. Mais ici, en France, tous les jours, d'innombrables poulets et d'autres oiseaux subissent un sort similaire. Dans les abattoirs, nombre de ces oiseaux intelligents passent à côté de la lame mécanique qui est censée leur trancher la gorge. Ils demeurent donc pleinement conscients alors qu'ils avancent dans la chaîne d'abattage et qu'ils sont immergés dans une eau brûlante pour les déplumer.

À Yulin, certains chiens vont être tués à coups de batte. Il s'agit d'une pratique monstrueuse, mais c'est ainsi que les pêcheurs à la ligne ont l'habitude d'agir. Ils frappent les poissons à la tête ou fracassent les pieuvres sur des rochers afin "d'attendrir" les animaux encore vivants. De nombreux animaux marins – qui ont tous la même capacité à ressentir la douleur que n'importe quel chien ou chat – souffrent de décompression explosive lorsqu'ils seront brusquement tirés des profondeurs de la mer vers la surface, et leurs yeux peuvent même jaillir hors de leur crâne.

La plupart des restaurateurs de Yulin croient que l'adrénaline ajoute du goût à la chair d'un animal, ce qui signifie que les chiens sont ordinairement tués à la vue des autres animaux. C'est abominable. Mais imaginons que vous soyez un cochon élevé en France, un animal dont les capacités cognitives dépassent celles des chiens dans bien des domaines. Vous êtes déchargés d'un camion par des humains au moyen de bâtons électriques. Avec votre groupe, vous vous déplacez vers un abattoir qui empeste le sang et vous pouvez entendre le couinement frénétique des autres cochons qui vous devancent. L'adrénaline se déverse en vous, et exactement comme les chiens à Yulin, vous savez que vous êtes sur le point de mourir et qu'il est impossible de s'échapper.

Pendant le festival de Yulin qui s'étend sur 10 jours, jusqu'à 15 000 chiens seront massacrés. Un nombre ignoble, c'est certain, mais qui est largement surpassé ici, chez nous. Dans le même temps, sur 10 jours, environ 26 400 000 animaux terrifiés (sans compter les animaux aquatiques) seront tués pour satisfaire l'appétit des Français.

Qu'il s'agisse d'un poisson ou d'un chien, d'un poulet ou d'un mouton, aucun animal ne veut souffrir et mourir pour nos palais.

Il est facile de pointer du doigt les autres cultures, mais il est plus difficile de regarder en face ce qui ne va pas dans nos propres comportements et de les corriger. Oui, soyons outrés par toute la cruauté qui se déroule pendant le festival de la viande de chien de Yulin, mais ne tombons pas dans l'hypocrisie : nous devrions étendre notre compassion à tous les animaux, pas seulement les chiens, en les laissant hors de nos assiettes.

 

* "Tueur" est le nom donné à la personne chargée de l'abattage dans un abattoir.

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