Une enquête exclusive révèle l'absentéisme record des soignants à l'hôpital

Publié par Matthieu Chauvin
le 14/04/2026
Infirmière fatiguée
Istock
Le malaise franchit un nouveau cap alarmant. Une enquête exclusive de CSA pour la Mutuelle nationale des hospitaliers dévoilée le 14 avril par RMC révèle que les soignants cumulent désormais plus de jours d'absence par an que dans n'importe quel secteur.

Cette situation inédite reflète une dégradation profonde et durable des conditions d'exercice au sein des établissements de soins publics français. Alors que les hôpitaux tentent de maintenir le cap post-crises sanitaires, la pression retombe lourdement sur les épaules du personnel médical et paramédical. Le monde hospitalier fait face à une hémorragie de ses forces vives, affectant directement l'organisation des différents services de soins sur l'ensemble du territoire national.

Un absentéisme record dévoilé par l'enquête MNH et CSA

Ce 14 avril 2026, une étude d'envergure menée par l'institut CSA pour la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH) révélée par RMC dresse un bilan sévère sur la santé des équipes médicales. Les soignants hospitaliers s'absentent en moyenne 12,9 jours par an pour des raisons de santé. Selon les chiffres historiques de la DGAFP (d,irection générale de l'administration et de la fonction publique), ce niveau reste supérieur à la moyenne des autres agents de la fonction publique d'Etat (8,8 jours), même s'il représente une stabilisation par rapport au pic de 14 jours observé en 2023.

L'étude CSA met en lumière une vulnérabilité très forte chez les professionnels de moins de 35 ans. Cette jeunesse en première ligne encaisse difficilement les chocs de la profession. Cette tendance souligne une rupture nette avec les générations précédentes, autrefois considérées comme plus résistantes face aux exigences du milieu médical.

Les raisons d'une dégradation de la santé des soignants

Le poids des tâches quotidiennes brise les corps. La multiplication des blessures liées à la manutention des patients, souvent lourds ou dépendants, constitue une cause majeure d'arrêt de travail. À cette usure physique indéniable s'ajoute un fléau psychologique ravageur. "35 % des soignants déclarent que leur santé psychologique est mauvaise. Ce chiffre augmente de 6 points par rapport à 2024. Il est 21 points au-dessus de la population générale", alerte le communiqué de l'Observatoire MNH-Odoxa.

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Le manque d'outils pour affronter la pression est particulièrement ciblé. D'après le baromètre MNH-Odoxa, "83 % [des soignants] estiment ne pas avoir été suffisamment formés à la gestion du stress durant leurs études." Le rythme effréné crée un effet boule de neige incontrôlable. L'enquête MNH/Weka précise que pour "84 % des professionnels hospitaliers, la difficulté de leur travail constitue la principale cause de ces troubles." Cette surcharge s'auto-alimente avec la pénurie de personnel, aggravée par des taux de postes vacants frôlant les 40 % dans des secteurs sous tension comme la psychiatrie.

Le professeur Alain Mercat, chef du service réanimation du CHU d'Angers, déclare à RMC à propos de ce manque de personnel : "Ca se traduit par des modifications de planning c'est-à-dire qu'il y a des gens qui doivent travailler trois jours de suite avant d'avoir une période de repos. Et on leur demande de travailler un quatrième jour ponctuellement pour remplacer un collègue absent. Mais c'est de temps en temps un vrai casse-tête."

Impact sur les patients et recherche de solutions structurelles

Cet absentéisme répété dégrade l'organisation interne et fragilise la continuité des prises en charge. La fatigue intense des équipes restantes augmente inévitablement le risque d'erreurs médicales. Pour les usagers de l'hôpital, la sanction est double. Les délais d'attente s'allongent de manière significative dans les services d'urgence et les services spécialisés. De plus, un sentiment de déshumanisation s'installe. Les professionnels, happés par l'urgence, n'ont plus le temps nécessaire pour assurer un accompagnement relationnel digne de ce nom.

Garantir la sécurité des patients ainsi que la qualité des soins exige des actions immédiates de la part des pouvoirs publics. Intégrer des compétences psychosociales dès la formation initiale apparaît comme une étape indispensable pour protéger les futurs infirmiers et médecins. Revaloriser les conditions de travail devient la seule issue pour endiguer la fuite des talents et redonner du souffle à un hôpital public au bord de l'asphyxie.

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