Pourquoi les Français qui se chauffent au fioul grelotent ?
L'année commence difficilement pour les foyers non raccordés au gaz de ville. Alors que les températures chutent, les factures de remplissage de cuve, elles, s'envolent. Ce mois de janvier marque une conjonction défavorable pour le portefeuille des Français : une remontée des cours du pétrole couplée à un blocage administratif inattendu des subventions travaux.
Cette situation place de nombreux propriétaires devant un dilemme financier complexe. Entre l'urgence de se chauffer et la difficulté de financer le remplacement d'équipements vieillissants, l'équation budgétaire se tend, particulièrement dans les territoires ruraux. Une étude de l'Insee parue mardi 13 janvier rend compte d'une précarité grandissante : 46 % des ménages utilisant le fioul comme mode de chauffage font face à une "vulnérabilité énergétique."
Des factures plombées par une taxe invisible
Le tarif moyen national pour 1 000 litres se stabilise désormais entre 1 100 euros et 1137 euros. Cette hausse n'est pas uniquement liée aux marchés pétroliers internationaux. Elle résulte aussi d'un mécanisme réglementaire méconnu mais coûteux : les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE).
Depuis le 1er janvier, la France est entrée dans la 6e période des CEE, imposant aux fournisseurs d'énergie des obligations de financement de travaux beaucoup plus lourdes. Ce durcissement se répercute directement sur le consommateur final. Selon les analyses du secteur, le coût des CEE sur le prix du fioul domestique représente désormais environ 8 % de la facture totale, une charge indirecte qui vient gonfler chaque livraison.
Pour ne rien arranger, les ménages qui comptaient moderniser leur installation font face à une porte close. Faute de vote définitif de la loi de finances à temps, la suspension de MaPrimeRénov' au 1er janvier 2026 est actée pour le parcours "par geste" (mono-geste). Concrètement, si vous prévoyiez simplement de changer votre chaudière sans engager une rénovation globale, votre dossier est pour l'instant bloqué.
Les passoires thermiques rurales dans l'impasse
Cette double peine frappe de plein fouet les zones rurales et périurbaines. C'est ici que se concentre la majorité des 3,5 millions de résidences principales chauffées au fioul. Souvent construits avant 1970 d'après l'Insee, ces logements sont grands énergivores car très mal isolés, avec une consommation moyenne avoisinant les 2 000 litres par an pour une maison standard. Une telle dépendance rend le budget des ménages extrêmement sensible à la moindre variation tarifaire.
La situation est d'autant plus critique que la réglementation a refermé le piège sur ces propriétaires. L'installation de chaudières au fioul neuves étant interdite depuis le 1er juillet 2022, la moindre panne grave oblige à un changement intégral de système de chauffage. Or, le chauffage fioul en maison rurale est souvent la seule option viable techniquement en l'absence de réseau de gaz, à moins d'investir massivement dans une pompe à chaleur ou une chaudière biomasse.
Une population âgée et en difficulté
L'Insee l'écrit dans son rapport : "Les ménages âgés et installés de longue date dans leur résidence principale se chauffent plus fréquemment au fioul : cela concerne 16 % des ménages de 75 ans ou plus, contre 7 % des autres ménages ; 16 % des ménages présents depuis plus de 20 ans dans leur logement utilisent le fioul contre 6 % pour les occupants de moins longue date. Les occupants de maisons chauffées au fioul sont un peu plus souvent en situation de pauvreté (12 %, contre 10 % pour les occupants des maisons chauffées autrement) et disposent de revenus moindres."
Malheureusement, conclut l'institut: "Les ménages chauffés au fioul sont nombreux à avoir vieilli dans leur logement, l’âge pouvant constituer un facteur limitant pour engager des travaux de conversion." Autrement dit, leur situation ne va pas s'arranger...