Devenir millionnaire en France : à quel point la richesse génère-t-elle de la richesse ?

Si le nombre de millionnaires a littéralement bondi en un an, comme le rappelle le journal régional Sud Ouest, C'est peut-être justement parce que l'argent en appelle à l'argent. C'est l'une des conséquences de l'effet Matthieu qui désigne un ensemble de mécanismes favorisant les privilégiés au détriment de tous les autres.

"Les inégalités sont toujours multidimensionnelles. Cela signifie qu'un individu bien loti cumulera les avantages tandis qu'un autre moins bien né additionnera les poids et les obstacles à surpasser", résume Frédéric Farah.

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"Les mécaniques inégalitaires continuent très largement à oeuvrer en France. L'exemple des grandes écoles est particulièrement parlant : leur réelle valeur se limite avant tout à leur réseau — c'est à dire aux anciens élèves qui ont étudié entre leurs murs. C'est eux qui permettent ensuite d'accéder au marché du travail caché et donc, à terme, d'obtenir de meilleurs emplois, mieux rémunérés", assène l'économiste.

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Ces avantages ne s'arrêtent d'ailleurs pas là : une carrière fulgurante, largement facilitée par l'appartenance à une classe sociale dominante et la possession préalable d'un capital sont autant de relais qui permettent davantage d'ambitions en terme de prétentions salariales, par exemple.

"Le champ social est le lieu d'une bataille pour le pouvoir de faire et le pouvoir sur les autres. Parce que les plus fortunés possèdent le capital symbolique et culturel en France, ils sont en mesure d'imposer une vision politique du monde qui est à leur avantage", s'indigne l'enseignant.

"Depuis des années déjà, c'est la TVA qui remplit le plus les caisses de l'Etat. Or, il s'agit d'un impôt proportionnel, ce qui signifie qu'il est payé de la même façon par le riche ou le pauvre, l'actif ou le retraité. Il est, par conséquent, nettement plus favorable aux Français qui ne sont pas vulnérables", illustre l'économiste pour qui le modèle de société capitaliste profite mécaniquement aux plus forts. "A la fin des années 1950, il fallait 30 ans à un ouvrier pour rattraper le niveau de vie d'un cadre. Aujourd'hui il lui en faut 150", se désole-t-il encore.