Chantage aux éoliennes : un industriel allemand réclame 44 millions à un village français de 200 habitants
C’est un bras de fer juridique qui prend des allures de lutte pour la survie d'une collectivité. Depuis plusieurs années, le petit village de Puyrolland, en Charente-Maritime, s'oppose à l'installation d'un parc éolien sur ses terres. Ce qui n'était au départ qu'une fronde locale s'est transformé en un cauchemar financier : le promoteur réclame désormais une somme astronomique à la municipalité et aux habitants.
Face à la résistance des élus locaux qui bloquent l'accès aux chantiers, la société allemande a décidé de frapper fort au portefeuille. Cette escalade judiciaire pose une question cruciale sur l'équilibre des forces entre les géants de l'énergie et la souveraineté des petites communes rurales.
44 millions d'euros réclamés au tribunal
Le conflit vient de franchir un cap critique avec la fixation d'une audience de procédure au tribunal judiciaire de Saintes, prévue pour janvier 2026. L'enjeu est colossal : la filiale du groupe allemand Windstrom exige le versement de 44 561 000 euros. Cette somme, totalement disproportionnée pour un village de 200 âmes, vise la municipalité ainsi qu'une cinquantaine de propriétaires privés.
Selon les informations rapportées par Le Figaro, le promoteur justifie ce montant par le préjudice financier subi. L'entreprise estime ses pertes à environ 6,5 millions d'euros par an, correspondant au manque à gagner sur la vente d'électricité non produite. Ce procès pourrait déboucher sur une jurisprudence en la matière.
Le déséquilibre des forces est patent. Avec un budget de fonctionnement annuel avoisinant les 170 000 euros, la commune est dans l'incapacité absolue de régler une telle ardoise. Pour le maire Thierry Giraud, la stratégie de la partie adverse est sans équivoque : "Leur objectif est de nous tordre le bras", a-t-il confié, dénonçant une pression insoutenable sur les élus et les riverains.
Un refus de passage qui bloque le chantier
Au cœur de ce litige se trouve un projet de sept éoliennes géantes, le parc des "Chênaies Hautes", pourtant validé par un arrêté préfectoral le 18 octobre 2019. Si l'autorisation administrative existe, la réalisation concrète du projet bute sur un obstacle physique : l'accès au site. Les engins de chantier doivent emprunter des voiries communales pour acheminer les pales et les mâts de 180 mètres de haut.
C'est ici que se joue le pouvoir du maire sur les chemins communaux face à l'éolien. Thierry Giraud refuse obstinément de signer les autorisations de voirie nécessaires, arguant de promesses non tenues par l'opérateur, notamment concernant la restauration de l'église du village. Ce refus d'accorder une servitude de passage paralyse totalement les travaux depuis des années. A l'AFP, le maire déclare : "Nous n’étions pas enchantés d’avoir des éoliennes, alors nous ne voulions pas que le sacrifice soit vain. Nous leur avons donc demandé de faire des efforts. Leur réponse a été le tribunal."
La situation s'est enlisée dans une véritable guerre d'usure. "On discutait et ils nous assignent en même temps, ce n'est pas très correct", déplore l'édile auprès de Sud Ouest. Le conflit illustre la difficulté de faire cohabiter les objectifs nationaux de transition énergétique avec l'acceptabilité locale des projets.
Une faillite programmée pour la commune ?
L'inquiétude dépasse désormais les frontières du village. Si la justice venait à donner raison à l'industriel, les conséquences financières du blocage d'un parc éolien pourraient créer un précédent redoutable pour tous les maires de France. Une condamnation au paiement intégral des indemnités de retard du parc éolien Windstrom signifierait la mise sous tutelle immédiate de la commune.
Le montant des dommages et intérêts réclamés par Windstrom apparaît pour beaucoup comme une arme de dissuasion massive destinée à décourager toute opposition future ailleurs sur le territoire. En attendant l'issue du volet civil, la bataille continue également sur le plan administratif, avec un pourvoi toujours en cours devant le Conseil d'État.
Dans les faits, la procédure civile se complexifie encore davantage car elle nécessite d'identifier tous les héritiers des propriétaires fonciers assignés, retardant d'autant l'échéance finale. Pour les habitants de Puyrolland, l'épée de Damoclès reste suspendue au-dessus de leurs têtes, transformant leur quotidien en une attente anxieuse.