Attentat de Nice : la carte d’identité d’une jeune victime utilisée pour des fraudes dans les transports franciliens
L'indécence n'a parfois aucune limite. Alors que les familles des victimes de l'attentat du 14 juillet 2016 tentent difficilement de se reconstruire, un évènement sordide vient s'ajouter au deuil des familles.
Un contrôle dans le RER D révèle l'usurpation
L'affaire a éclaté il y a une dizaine de jours, vers la fin du mois de janvier 2026. Lors d'une opération de contrôle banale dans le RER D, en région parisienne, les agents de sûreté ont interpellé un homme dépourvu de titre de transport valide. Pour justifier son identité, l'individu a présenté une photographie de carte d'identité affichée directement sur l'écran de son téléphone portable. Le nom inscrit sur le document a immédiatement alerté les forces de l'ordre : il s'agissait de celui de Ludovic Rodier.
Ce nom résonne douloureusement dans l'actualité judiciaire française. Ludovic Rodier est l'une des 86 victimes décédées lors de l'attentat de Nice sur la promenade des Anglais, le 14 juillet 2016. L'adolescent n'avait que 15 ans lorsqu'il a été fauché par le camion terroriste. Ce contrôle n'était pourtant pas un hasard total. Les autorités avaient émis un signalement spécifique car, depuis « plusieurs semaines », les services de police avaient constaté que « de nombreux voyageurs » présentaient cette même carte d'identité pour tenter d'échapper aux amendes. Le resquilleur, placé en garde à vue, devra répondre de ses actes devant le tribunal en mars prochain, dans le cadre d'une ordonnance pénale, une procédure simplifiée réservée aux délits mineurs.
Un document accessible sur les réseaux sociaux
Face aux enquêteurs, l'auteur de l'infraction n'a pas nié les faits. Il a reconnu l'usurpation d'identité de Ludovic Rodier dans le RER D, expliquant avoir récupéré le document numérique « sur Internet » ou via « les réseaux sociaux ». Selon ses dires, il aurait agi sur le conseil d'un ami, profitant du fait que la pièce d'identité était devenue « accessible en ligne », au grand désarroi de la famille Rodier.
L'origine de cette fuite numérique est tragique. Le document avait été publié dans l'urgence absolue par le cousin de Ludovic, Monsieur Lamy, au lendemain de l'attaque terroriste. Dans le chaos qui a suivi le drame, alors que Ludovic était porté disparu, ses proches avaient diffusé sa photo et ses papiers pour lancer un « appel à témoins » espérant le retrouver vivant. Ludovic et sa grande sœur ont malheureusement tous deux perdu la vie ce soir-là. Dix ans plus tard, ce geste de désespoir est détourné par des fraudeurs.
« C’est une deuxième douleur »
La révélation de cette fraude a provoqué une « violence morale insoutenable » pour la famille des victimes. Pour le cousin de l'adolescent, cette situation constitue une véritable épreuve psychologique. « C’est une deuxième douleur », a-t-il confié, ajoutant que cet événement « ça nous replonge dans ce cauchemar. C’est insupportable de savoir qu’il y a des gens qui utilisent l’identité de notre cousin ». La présidente de l'association Une Voie des enfants, Hager Ben Aouissi, s'est dite « révoltée » par cet usage, qualifiant l'acte d'« immoral, indécent ».