Affaire Le Scouarnec : trois membres de l'Ordre des médecins du Finistère visés par des plaintes

Publié par Suruthi Srikumar
le 15/01/2026
Affaire Le Scouarnec : trois membres de l'Ordre des médecins du Finistère visés par des plaintes
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L’association L’Enfant Bleu a déposé lundi trois plaintes ordinales visant des membres ou anciens membres de l’Ordre des médecins du Finistère. Ils sont accusés d’avoir minimisé le cas de Joël Le Scouarnec, alors que le chirurgien faisait déjà l’objet d’une condamnation pour détention d’images pédocriminelles. Aujourd’hui, cet ancien praticien est reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles sur près de 300 patients, presque tous mineurs.

Ce nouveau volet de l'affaire pourrait bien ébranler l'institution médicale. Près de huit mois après la condamnation définitive de l'ex-chirurgien, l'association L'Enfant Bleu cible désormais ceux qui auraient pu l'arrêter plus tôt. En déposant plainte contre trois membres du Conseil départemental de l'Ordre des médecins du Finistère (CDOM 29) en poste en 2006, l'association pointe du doigt des « manquements graves aux obligations déontologiques », rapporte franceinfo.

Trois anciens responsables directement ciblés

L'action menée par L'Enfant Bleu est chirurgicale. Elle vise spécifiquement le président, le secrétaire général et le trésorier du Conseil départemental de l'époque. Ces médecins, dont l'un préside encore actuellement l'instance départementale, devront répondre de leur gestion du dossier Le Scouarnec il y a vingt ans. En raison de ces liens hiérarchiques actuels, la procédure sera dépaysée vers une autre juridiction ordinale pour garantir l'impartialité de l'instruction.

Me Jean-Christophe Boyer, avocat de l'association, estime que cette plainte déontologique contre l'Ordre des médecins du Finistère est nécessaire pour établir les responsabilités administratives. Selon lui, les mis en cause ont fait preuve d'une « défaillance totale » en choisissant de ne pas sanctionner un confrère alors qu'ils disposaient d'éléments accablants sur son comportement.

Un silence coupable validé par un vote

Au cœur de cette plainte réside une décision incompréhensible prise en décembre 2006. À l'époque, le Conseil de l'Ordre sait que Joël Le Scouarnec a été condamné, un an plus tôt, à quatre mois de prison avec sursis pour détention d'images pédopornographiques. Les membres du conseil se réunissent alors pour trancher une question : la consommation de pornographie mettant en scène des enfants constitue-t-elle une faute déontologique ?

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Le résultat du vote est sans appel : 18 non, une abstention. Fort de ce scrutin à la quasi-unanimité, le Conseil décide de ne prendre aucune mesure disciplinaire et de simplement « laisser la DDASS gérer cette affaire ». Le problème majeur, soulevé par l'accusation, est que le président de l'époque n'a jamais informé la DDASS ni de l'entretien avec le chirurgien, ni de la décision de l'Ordre. C'est ce vote du Conseil de l'Ordre des médecins sur Joël Le Scouarnec en 2006 qui incarne, pour les parties civiles, l'origine du drame qui a suivi.

Des victimes supplémentaires auraient pu être évitées

Les conséquences de l'inaction de l'Ordre des médecins du Finistère se mesurent aujourd'hui en vies brisées. Entre cette décision de 2006 et l'arrestation finale du chirurgien en 2017, le prédateur a continué d'exercer auprès d'une patientèle composée en grande partie de mineurs. Selon l'avocat de l'association, une « trentaine de victimes » supplémentaires ont été agressées durant cette période d'impunité.

Pour rappel, Joël Le Scouarnec a été condamné en mai 2025 à 20 ans de réclusion pour des viols et agressions sexuelles sur 298 victimes. Le Collectif des victimes dénonce aujourd'hui le gâchis de ces années de silence, évoquant « autant de patients, d’enfants, qui auraient pu être protégés » si l'institution avait joué son rôle de rempart.

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