Bruno Amable est professeur d'économie politique à l'université de Genève. Prix du meilleur jeune économiste en 2000, il a notamment publié « Les Cinq Capitalismes » (Seuil, 2005), qui a rencontré un écho international. À La Découverte, il vient de faire paraître « La Résistible ascension du néolibéralisme », ouvrage qui analyse l'influence de ce courant de pensée sur le modèle socio-économique français.
Bruno Amable : "Pour Macron, la seule justice sociale est celle du marché concurrentiel"

Marianne : La notion de néolibéralisme est parfois mal comprise. Beaucoup la considèrent comme une simple radicalisation du libéralisme. Or, vous expliquez bien que, contrairement au libéralisme, le néolibéralisme attend de l'État qu’il joue un rôle important. Dès lors, qu’est-ce qui le caractérise en propre ?Bruno Amable : Le néolibéralisme est une tentative de renouvellement du libéralisme. Il cherche à dépasser les apories du « laisser-faire » et à repenser le rôle de l’État. Il y a différentes chapelles au sein du néolibéralisme. Certaines sont plus ou moins réticentes à l’interventionnisme. Mais ce qui les caractérise toutes, c’est le refus que l’État gêne les mécanismes du marché concurrentiel. Certaines branches du néolibéralisme ont évolué vers le libertarianisme et donc vers une certaine sorte de « laisser-faire » mais l’esprit du néolibéralisme consiste bien à repenser l’action de l’État au service du marché concurrentiel.On associe régulièrement le néolibéralisme à la figure de l’économiste Friedrich Hayek. Pourtant, vous écrivez que « le moment fondateur du néolibéralisme fut certainement le colloque organisé par le philosophe français Louis Rougier en 1938 » dans le...