Le rachat de trimestre est une opération coûteuse, qui ne s'avère pas toujours pertinente, financièrement parlant. A quelques mois d'une potentielle entrée en vigueur de la réforme, est-ce vraiment intelligent ?
Rachat de trimestres à l'approche de la réforme : pour qui cela peut-il s'avérer rentable ?Istock
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Il souhaite aller vite. Après des années passées à peaufiner son précédent projet, Emmanuel Macron a finalement dû renoncer à réformer les retraites. Durant sa première mandature, le chef de l’Etat faisait montre d’une ambition sans commune mesure : il ne proposait pas une simple transformation paramétrique, mais bel et bien de revoir le système de solidarité intergénérationnelles en profondeur. Il s’agissait alors, comme a pu le rappeler Planet, de passer à un régime universel et par point. Pour le meilleur… ou pour le pire.

Cette fois, le président nouvellement reconduit n’entend pas prendre autant de temps avant de réformer le modèle français. “À partir de 2023, il y aura quatre mois de décalage, quatre mois l’année d’après”, a-t-il ainsi fait savoir, non sans insister : “Dès la réforme passée durant le quinquennat, on va décaler l’âge légal de 4 mois chaque année”. Il va donc falloir compter avec un calendrier rapide, cohérent avec la volonté d’une évolution paramétrique du système. Lequel pourrait en pousser plus d’un à préparer incessamment sous peu sa cessation d’activité.

Réforme des retraites : faut-il racheter des trimestres pour pouvoir partir plus vite ?

Si la réforme arrive si vite, d’aucuns pourraient être tentés de précipiter leur départ. Cela n’aurait rien de très étonnant. “Historiquement, c’est un phénomène que l’on a déjà observé à plusieurs reprises par le passé. C’était le cas en 2003, mais aussi en 2010”, expliquait récemment l’économiste Philippe Crevel dans nos colonnes, pour qui il n’est pas nécessairement nécessaire d’aller plus vite que la musique.

Toutefois, préparer un départ anticipé peut avoir, pour certains, une vertue rassurante -sinon apaisante. “Dans notre système actuel de retraite, l’obtention de la retraite à taux plein est conditionnée à un nombre de trimestres d’assurance. Du fait des réformes adoptées depuis 1993, la durée d’assurance nécessaire est passée de 150 à 172 trimestres (durée qui sera effective pour la génération 1973 et suivante). Pour ceux atteignant en 2022 leur 62e année, il faut 168 trimestres d’assurance. Afin de liquider plus tôt sa retraite et d’améliorer son montant, il est  possible d’effectuer des rachats de trimestres”, poursuit le directeur du Cercle de l’Epargne.

Mais, dans le contexte actuel, qui y a intérêt ?

Rachat de trimestre : une option pertinente pour vous ?

Rappelons d’abord, avant de commencer, le déroulé de la procédure de rachat de trimestres de cotisation.

Il est possible de racheter jusqu’à douze trimestres pour compenser des années d’études supérieures à la condition que ces années aient donné lieu à la délivrance d’un diplôme ou aient été conduit à une admission au sein d’une classe préparatoire ou dans une grande école”, précise d’entrée de jeu Philippe Crevel, non sans souligner que “le rachat des trimestres est également possible pour les assurés ayant des années incomplète (moins de 4 trimestres cotisés)”.

Dans les faits, “le montant des rachats est fonction de l’âge et des revenus”, poursuit l’expert. “Plus l’assuré est âgé et plus ses rémunérations sont importantes, plus le coût du rachat est élevé. Il est également fonction de l’option choisie, taux seul ou trimestre et taux. Le montant du rachat varie de 1 055 à 6 684 euros par trimestre (lien vers le barème 2022). Il faut souligner que les rachats sont déductibles du revenu imposable”, ajoute-t-il encore.

Ceci étant dit, une majorité d’assurés ont tout intérêt à attendre la publication du calendrier officiel pour ne pas risquer de se retrouver à dépenser des fortunes sans jamais en voir la couleur.

Réforme des retraites : voilà l’âge à partir duquel il ne faut pas racheter de trimestres

“Le rachat de trimestre repose sur un pari, celui d’une stabilité des règles de calcul des pensions”, note d’entrée de jeu Philippe Crevel, qui appelle globalement à la prudence. “En cas de report de l’âge légal à 64 ans, un assuré ayant acheté des trimestres afin de partir entre 62 et 64 ans pourrait avoir fait l’opération pour rien. Lors du passage de 60 à 62 ans, en 2010, la loi avait prévu que les personnes concernées pouvaient demander un remboursement mais qui ne prenait pas en compte l’inflation et qui ne donnait pas lieu à paiement d’intérêt”, insiste-t-il. D’importantes sommes sont en jeu.

“Avant l’application d’une éventuelle réforme report l’âge légal au-delà de 62 ans, les assurés qui se trouvent près de l’âge de la retraite peuvent effectuer un rachat pour l’anticiper”, tempère cependant l’économiste, non sans rappeler que : “Le report de l’âge légal sera quoi qu’il arrive progressif”. “Il faut attendre de connaître le contenu et le calendrier de la réforme avant de s’engager dans l’achat de trimestres pour les assurés qui partiront après 2023 voire 2024. Pour les assurés de moins de 57 ans, la prudence est plutôt d’attendre l’adoption du texte”, juge-t-il encore.

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