Les récentes déclarations gastronomique de Fabien Roussel, candidat du parti communiste français à l'élection présidentielle 2022, n'ont pas manqué de susciter le débat. Tant et si bien qu'une question se pose chez certains observateurs : y a-t-il vraiment des sujets interdits ? L'analyse de Sylvain Boulouque, historien spécialiste du communisme.
Présidentielle 2022 : y a-t-il des sujets tabous qu’il est interdit d’aborder ?Istock
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Sylvain Boulouque est historien. Il enseigne à l'Université de Nanterre où il conduit également ses recherches. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire du communisme et de l'anarchisme tels que Mensonges en gilet jaune (ed. Serge Safran), Julien Le Pen un lutteur syndicaliste et libertaire (ed. ACL), Les anarchistes ou Appels aux travailleurs algériens. Il a également contribué au dernier ouvrage de Stéphane Courtois et Marc Lazar, la 3e édition de l'histoire du PCF (PUF 2022). En outre, il a aussi introduit et édité le livre Le Peuple, sur le militant Julien Le Pen.

Planet : Fabien Roussel est aujourd'hui sous le feu des critiques d'une partie de la gauche pour avoir pris la défense de la gastronomie française, déclarant "Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage : c'est la gastronomie française", lors d’une interview. D'aucuns lui reprochent en effet une certaine déconnexion quand d'autres s'émeuvent des réponses de cette même gauche et des éventuels thèmes tabous de la présidentielle. Y a-t-il des sujets que l'on ne peut plus aborder ?

Sylvain Boulouque : Pour bien répondre à la question, il importe d’abord de rappeler certains éléments. Fabien Roussel se place aujourd’hui dans l’héritage du Parti Communiste Français des années Thorez à Marchais. Il s’agit donc, pour lui, de brandir deux drapeaux : le rouge, bien sûr, mais aussi celui de France. Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’il ait décidé d’intituler son livre Ma France (éditions Cherche Midi) : c’est une référence à la chanson du même nom de Jean Ferrat. Il essaye donc d’invoquer l’imaginaire d’un communisme internationaliste mais aussi ancré dans les territoires. Il revendique clairement cet héritage, qu’une partie de la gauche a oublié et qui s’en retrouve aujourd’hui choquée. Cela se voit aussi quand il fait l’apologie, quoique moins commentée, de la Chine.

Prétendre qu'il y a des sujets tabous, c'est de la "propagande politique" juge l'historien Sylvain Boulouque

Faut-il penser que la réaction de Sandrine Rousseau illustre le tabou qui pèse sur certains sujets en politique ? Je ne pense pas. Prétendre qu’il est interdit de débattre fait partie de la stratégie de la droite mais le fait est que le débat existe. Parfois c’est bien davantage un débat d’invectives qu’un échange d’intellectuels, et pourtant il demeure bien réel dans les deux cas. Force est de constater, d’ailleurs, que l’on peut dire n’importe quoi aujourd’hui… puisqu’il est même possible de tenir des propos qui tombent sous le coup de la loi, comme c’est le cas des déclarations d’Eric Zemmour, tout en étant candidat.

La question du "wokisme", qui sous-tend régulièrement ce genre d’échanges, soulève des thématiques complexes  qui ne se prêtent pas très bien à un débat réseau-socialisé à mon sens. On ne peut pas se contenter de réduire tous les questionnements, l’intégralité d’un échange contradictoire et argumenté, à la seule invective ou à la destruction de trois statues.

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