La dette Covid inquiète de plus en plus d'économistes, dont certains vont jusqu'à demander sa suppression. Pour Henri Sterdyniak, c'est passer à côté du problème.
Henri Sterdyniak : "La dette Covid n'est pas un problème"Istock

Planet : Thomas Piketty, Paul Magnette et 148 autres demandent dorénavant la suppression de la "dette Covid", notamment en France. Il est vrai que l'épidémie coûte particulièrement cher au pays. Pour autant, peut-on vraiment annuler une dette comme si de rien n'était ? Si tel était le cas, à quelles conséquences faudrait-il s'attendre ?

Henri Sterdyniak : Je ne sais pas quelles seraient les conséquences exactes d'une telle initiative, mais il va de soi que l'on ne peut pas annuler une dette sans en spolier ses détenteurs. Ce n'est tout simplement pas possible. Que veut dire annuler la dette, au juste ? S'il s'agit d'annuler les titres achetés par la Banque de France ou la BCE qui, rappelons-le, se sont endettées auprès de banques commerciales, alors cela n'a rien d'une annulation. La dette sera simplement transformée et laissée aux établissements commerciaux.

"Reporter la dette publique sur les banques centrales revient à leur arroger un droit de regard sur notre politique économique" - Henri Sterdyniak

C'est quelque chose qui ne se fait pas : il revient aux Etats de porter la dette publique et aux banques centrales d'assurer l'équilibre. Bien sûr, nous pourrions décider de changer les règles du jeu, mais cela impliquerait de mener d'importantes réformes institutionnelles et ce ne serait peut-être pas l'action politique la plus pertinente… Dès lors qu'il revient aux banques centrales de soutenir la dette publique, elles acquièrent aussi un droit de regard sur les politiques économiques des nations. Ce serait dommageable.

Annuler la dette Covid ? "Ce n'est même pas une idée"

Je suis de l'avis d'Olivier Blanchard, chef économiste au Fonds monétaire international. Les personnes qui ont signé ce texte se sont fourvoyés. C'est une proposition idiote, que l'on ne peut même pas appeler une idée. Cependant, elle soulève une question : comment quelqu'un comme Thomas Piketty a-t-il pu accepter de signer ce texte ? Il importe de rappeler, à mon sens, qu'il ne l'a pas écrit. C'est, de toute évidence, une erreur de parcours comme il arrive à tous d'en faire. En outre, certains éléments présentés dans la tribune sont intéressants. C'est le cas de ce qui touche au financement de la transition écologique ou aux impôts sur les plus fortunés.

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