Livret A : pour la première fois depuis 2015, les retraits ont dépassé les dépôts en 2025

Publié par Suruthi Srikumar
le 22/01/2026
Livret A : pour la première fois, les retraits ont dépassé les dépôts
Istock
Cette « décollecte nette » est rare sur une année complète pour le Livret A, le produit d’épargne le plus populaire en France, détenu par 57 millions de personnes et totalisant près de 450 milliards d’euros.

C'est un tournant historique pour l'épargne réglementée en France. Les chiffres publiés ce 22 janvier 2026 par la Caisse des dépôts (CDC) confirment la fin de l'euphorie : pour la première fois depuis 2015, les retraits sur le Livret A ont dépassé les dépôts sur l'ensemble de l'année passée. Après une période d'accumulation record initiée lors de la pandémie de Covid-19, les ménages ont commencé à puiser dans leurs réserves, marquant une rupture nette avec les habitudes de la décennie précédente.

Un désaveu chiffré à 2,12 milliards d'euros

Le constat est sans appel. L'année 2025 se solde par une sortie de capitaux massive. Cette décollecte nette du Livret A en 2025 s'élève précisément à 2,12 milliards d'euros. Si le livret rouge reste le placement chouchou de 57 millions de Français avec un encours total avoisinant les 450 milliards d'euros, la dynamique s'est inversée. Ce phénomène met un terme brutal aux années "fastes" où la collecte dépassait régulièrement les dizaines de milliards.

Trois facteurs expliquent ce revirement

Pourquoi un tel changement de comportement ? La raison principale réside dans la dégringolade de la rémunération. Le taux est passé de 3 % à 2,4 % en février dernier, avant de tomber à 1,7 % en août. Cette érosion continue a mécaniquement réduit l'attractivité du placement face à l'inflation. De plus, les pouvoirs publics, via le ministère de l'Économie, ont clairement incité les épargnants à se tourner vers des investissements finançant davantage les entreprises, au détriment de l'épargne de précaution.

La concurrence s'est également intensifiée. Les fonds en euros de l'assurance vie ont affiché un rendement moyen de 2,65 % en 2025, surpassant le produit réglementé. Pour Stéphane Magnan, directeur financier de la CDC interrogé par BFMTV, cette situation n'a rien d'alarmant : "C'est un retour de balancier qui est tout à fait logique", estime-t-il, soulignant la rationalité des épargnants qui cherchent à optimiser leurs gains.

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Anticiper la baisse des taux à venir

La tendance consistant à retirer de l'argent de son Livret A risque de s'accentuer avec la nouvelle baisse du taux du Livret A au 1er février prochain, date à laquelle il descendra à 1,5 %. Pour les épargnants, la question de l'arbitrage devient centrale. Si l'évolution de l'épargne des Français en 2025 prouve qu'ils conservent une forte capacité de mise de côté (un euro sur cinq selon l'Insee), ils sont désormais plus sélectifs.

Il est donc temps de sortir vos calculatrices. Si vous détenez des sommes importantes sur ce support, comparez le rendement de l'assurance vie par rapport au Livret A. Attention toutefois à la fiscalité : le Livret A reste totalement défiscalisé, contrairement à l'assurance vie soumise aux prélèvements sociaux.

Du côté des autres livrets, le bilan est mitigé. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) tire son épingle du jeu avec une collecte positive, mais le Livret d'épargne populaire (LEP) souffre aussi. Avec une décollecte de 840 millions d'euros, liée aux radiations administratives des ménages dont les revenus ont augmenté, le taux du livret d'épargne populaire en 2026 (fixé à 2,5 % au 1er février) peinera peut-être à retenir les capitaux si l'éligibilité se resserre.

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