Un joueur du PSG suspecté de "traite d'êtres humains" ?
C’est une affaire judiciaire qui fait grand bruit dans le monde du football et au-delà. Depuis le dépôt de plainte le 14 janvier dernier, le défenseur du Paris Saint-Germain Lucas Hernandez (également international et champion du monde en 2018) et son épouse Victoria Triay, rapporte Paris Match, se retrouvent au cœur d’une tempête médiatique et légale. Le parquet de Versailles a confirmé l’ouverture d’une enquête préliminaire, confiée à la brigade de recherches de Saint-Germain-en-Laye, pour faire la lumière sur les conditions d'emploi d'une famille au domicile du joueur dans les Yvelines.
Des conditions de vie qualifiées d'esclavagisme moderne
Au cœur du dossier se trouvent les accusations portées par cinq ressortissants colombiens, un couple et leurs trois enfants. D'après les informations rapportées par l'AFP, ces derniers auraient travaillé pour le couple de septembre 2024 à novembre 2025 sans le moindre contrat de travail déclaré. Le Parisien précise : "Les deux parents et leurs trois enfants auraient occupé plusieurs emplois au service du couple : gardien, agents de sécurité, femmes de ménage, cuisinières et nourrices."
Ce qui interpelle particulièrement la justice, ce sont les rythmes imposés. L'avocate des plaignants, maître Lola Dubois, dénonce des amplitudes horaires allant de 70 à 84 heures par semaine, sans aucun jour de repos ni congés payés. En contrepartie, la rémunération aurait été versée exclusivement en liquide, oscillant de 500 à 3 000 euros pour l'ensemble de la famille, un montant bien en deçà du salaire minimum légal compte tenu du nombre de personnes et d'heures effectuées.
Pour l'avocate, citée par l'AFP, ces conditions, combinées à la vulnérabilité économique de la famille, font que leur situation "s'apparente à une forme d'esclavage moderne." C'est précisément sur ces éléments que se base la plainte visant Lucas Hernandez pour traite d'êtres humains, une qualification bien plus lourde que le simple travail au noir. L'une des plaignantes raconte à Paris Match que la famille n'a jamais été régularisée : "On nous a promis une qualité de vie et le fait que nous pourrions être en règle en France. Mon travail était censé être du 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour un salaire totalement insuffisant pour une personne qui travaille autant d’heures."
Comprendre la définition légale de la traite d'êtres humains
La qualification juridique retenue par les plaignants est cruciale. Si le « travail dissimulé » concerne le fait de ne pas déclarer un salarié ou ses heures, la « traite des êtres humains » implique l'exploitation d'une personne en abusant de sa vulnérabilité ou de sa situation de dépendance. En France, la définition légale de la traite d'êtres humains englobe le fait d'héberger une personne dans des conditions contraires à la dignité humaine pour la soumettre à du travail forcé.
Dans cette affaire, la famille colombienne affirme avoir subi ce travail non déclaré au domicile du joueur sous contrainte économique. Si les faits sont avérés, la peine encourue pour traite d'êtres humains peut être particulièrement sévère, s'agissant d'un crime passible de sept ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende, des sanctions bien supérieures à celles prévues pour le travail dissimulé (trois ans de prison et 45 000 euros d'amende).
Une défense basée sur la confiance trahie
Face à la gravité des accusations, le joueur et son épouse ont réagi via un long communiqué transmis à l'AFP. Ils contestent fermement les faits, affirmant avoir été "manipulés" par des personnes qu'ils considéraient comme des proches. La réaction du couple Hernandez aux accusations se veut claire : ils assurent n'avoir "jamais agi avec une intention malveillante ni dans le mépris de la loi." Le communiqué se conclut ainsi : "Nous appelons à la décence, à la retenue et au respect. Nous ne participerons pas davantage aux spéculations en ligne."
Selon leur version, ils auraient hébergé cette famille colombienne pensant aider des amis en cours de régularisation administrative. Ils mentionnent d'ailleurs avoir entamé des démarches pour établir des contrats de travail peu avant la rupture des relations. L'enquête préliminaire devra désormais déterminer la part de vérité entre l'exploitation supposée et l'aide amicale qui aurait mal tourné.