Jean-Marc Morandini définitivement condamné mais maintenu par CNews

Publié par Matthieu Chauvin
le 16/01/2026
Jean-Marc Morandini
abacapress
Alors que la Cour de cassation a confirmé la condamnation de l'animateur pour corruption de mineurs, CNews a décidé de le maintenir à l'antenne. Une décision "assumée complètement" par la direction, qui avance des arguments surprenants, provoquant l'ire des parties civiles et un malaise en interne.

Le 14 janvier 2026, la Cour de cassation a rendu son verdict : le pourvoi de l'animateur n'a pas été admis, rendant la condamnation de Jean-Marc Morandini pour corruption de mineurs définitive. Désormais inscrit au fichier des auteurs d'infractions sexuelles, l'homme fort des matinées de CNews écope de deux ans de prison avec sursis. Pourtant, là où le couperet tombe habituellement sans appel dans les médias, le canal 16 de la TNT a choisi la continuité. Une posture qui interroge autant qu'elle choque.

Quelle est la stratégie de défense de CNews ?

Face à la tempête médiatique, la direction du groupe Canal+ a choisi de faire front, quitte à surprendre par la nature de ses arguments. Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+ France, a déclaré sans ambages : "On assume complètement". Pour la direction, rapporte TV5 Monde la justification de CNews repose sur un dispositif strict mis en place depuis plusieurs années. 

L'argumentaire déployé pour défendre l'animateur insiste sur une absence totale de contact avec des mineurs dans le cadre professionnel. Mais c'est une précision logistique qui a fait bondir de nombreux observateurs : la direction souligne que Morandini n'est pas au même étage que les jeunes stagiaires de CNews depuis son retour dans les locaux du groupe en septembre 2025. Une mesure d'éloignement physique jugée "indéfendable" par certains salariés en interne, mais qui suffit aux yeux de la direction pour valider sa présence à l'antenne.

Au-delà de la logistique, le pragmatisme économique semble primer. Le Morandini Live reste un puissant moteur d'audience pour la chaîne, et comme l'a rappelé Gérald-Brice Viret, "c'est le public qui décidera". Tant que les téléspectateurs et les annonceurs répondent présents, l'animateur conserve son micro.

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Indignation des victimes et rappel de l'engagement de iTélé en 2016

Du côté des parties civiles, la pilule ne passe pas. La réaction du groupe après la condamnation définitive de Morandini est vécue comme une nouvelle violence. "Le groupe Canal+ va mettre à l'antenne un délinquant sexuel quotidiennement", s'est indignée une victime, déplorant l'image "catastrophique" renvoyée par la chaîne d'information. Pour les plaignants, la présomption d'innocence qui protégeait l'animateur a volé en éclats, laissant place à une réalité judiciaire crue : celle d'un homme condamné pour avoir profité de sa position.

Ce maintien en poste résonne aussi comme une trahison pour les anciens de la maison. Le syndicat +Libres n'a pas manqué de souligner le contraste saisissant avec la promesse de licenciement de Jean-Marc Morandini par iTélé en 2016. À l'époque, la direction avait assuré par communiqué que l'animateur quitterait le groupe "sans indemnité" en cas de condamnation. Dix ans plus tard, alors que la chaîne est devenue CNews, cette promesse semble avoir été effacée des tablettes, provoquant un sentiment d'amertume et une remise en cause de la crédibilité du groupe aux yeux de ses représentants syndicaux.

L'ombre de Vincent Bolloré sur le maintien de Morandini à CNews

Cette décision ne peut être lue sans le prisme de l'actionnaire principal. Elle illustre parfaitement la stratégie de Vincent Bolloré : une fidélité inébranlable envers ses "soldats", peu importe la pression extérieure. L'animateur, figure historique de l'ère Direct 8, incarne cette loyauté réciproque. Pour beaucoup d'analystes, le maintenir à l'antenne s'apparente à un "gigantesque bras d'honneur" adressé aux détracteurs de la chaîne et à une sphère médiatique jugée hostile.

Cependant, en coulisses, l'ambiance est lourde. La petite phrase lâchée par un collaborateur, qualifiant la situation de "honteuse", circule dans les couloirs. Si Jean-Marc Morandini et ses avocats envisagent désormais de saisir la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), pour le moment, c'est bien à l'antenne, chaque matin, qu'il continuera d'officier, protégé par une citadelle imprenable.

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