Le plastique est omniprésent dans les océans au point que s'emploie désormais l'expression 7e continent. Planet a voulu en savoir plus avec François Galgani, océanographe, chercheur à l'Ifremer et spécialisé dans l'évaluation des effets des pollutions sur les organismes marins.
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Planet : D’où vient l’expression 7e continent ?

François Galgani : Il s’agit en fait d’une image qui désigne la présence de macro et micro-particules de plastiques dans les mers. C’est le capitaine Moore qui après une traversée dans les années 90 a remarqué qu’il y avait beaucoup de plastique dans certaines zones et a parlé de "continent de plastique". Mais attention, ce n’est pas un continent sur lequel vous allez pouvoir marcher parce que le plastique ne se voit pas, il s’agit simplement d’une densité de plastique plus élevée dans l'eau. D’ailleurs, il n’y a pas non plus ‘’un’’ continent mais plutôt cinq zones de convergences : Atlantique Nord, Pacifique Nord, Atlantique-Sud, Pacifique Sud et l’océan Indien.

Planet : Comment se forment ces zones de convergences et de quelle densité parle-t-on ?

François Galgani : Si l’expression 7e continent est assez récente, en fait le phénomène qu’elle décrit était déjà connu de Jules Verne. Il en parlait dans "20 000 lieues sous les mers". C’est lié aux courants qui forment des vortex, qu’on appelle également des gyres océaniques. Dans la zone Atlantique, quand on prend en compte les micro-plastiques, ça représente mille tonnes. A la surface des océans, il y en a 270 000 tonnes de plastique. Si vous allez dans le golf du Bengal ou en Méditerranée, vous avez des densités plus fortes. Mais ça touche moins l’imaginaire, c’est moins spectaculaire. En Méditerranée orientale par exemple, on compte 64 millions de particules de plastiques par kilomètre carré (64 000 particules au mètre carré).

Planet : D’où viennent ces micros et macro-particules de plastique ?

François Galgani : Il y a beaucoup d’emballages, de sacs et feuilles de plastique, des suremballages. Ce sont principalement des plastiques à usage unique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la règlementation évolue. La pêche est impactée par les déchets mais elle génère aussi beaucoup de déchets. De temps en temps, ils perdent des filets. Si on en parle beaucoup c’est aussi parce que les filets perdus continuent à pêcher donc l’impact est plus fort que les autres déchets même s’ils ne sont pas les plus importants en nombre.

Planet : Justement quels sont les impacts de cette pollution pour la nature ?

François Galgani : Tout le monde n’est pas impacté de la même façon par cette pollution. Les tortues par exemple ne font pas la différence entre méduses et sac plastique. En Méditerranée ou à La Réunion, il y a des endroits où 100% des tortues ont avalé du plastique. Les dauphines et les grands cétacés n’avalent pas le plastique ou par accident. Ce qui est dangereux ce sera le filet perdu qui continue à pêcher et à décimer certaines espèces.

Ensuite, il y a aujourd’hui assez de particules à la surface pour transporter de nouvelles espèces, y compris des pathogènes pour le poisson. Après le tsunami au Japon en 2011, des chercheurs ont travaillé sur les échouages aux Etats-Unis et notamment les plastiques. Ils ont trouvé 289 nouvelles espèces en Amérique du Nord. On peut trouver ça bien parce que ça fait du brassage génétique mais par contre on ne sait pas si c’est bon ou pas, et ça change les équilibres au niveau de la biodiversité.

Planet : Et pour l’homme ? Les nanoparticules constituent-elles un danger ?

François Galgani : Pour l’homme, on sait qu’il y a des micro-plastiques dans l’eau ou dans la bière, sans pour autant qu’on atteigne des niveaux de toxicité. Mais il ne faut pas oublier qu’il peut y avoir des accidents. Des emballages qui ont transporté des produits chimiques, ou des seringues. Pour l’humain le transfert des macro-particules est aussi limité par le biais de la chaine alimentaire et la façon dont on prépare le poisson par exemple.

Pour les nanoparticules, la question est plus délicate. Il n’y a pas d’arguments qui disent qu’ils sont présents dans la réalité. On sait les manipuler et les utiliser mais on a du mal à les repérer en milieu naturel. Mais oui sur des échantillons d’eau de mer, il y a des traces de plastique dont on peut penser qu’elles viennent de nanoparticules de plastique. On pense qu’il y en a et si c’est le cas, elles peuvent être transportées dans la chaîne alimentaire et in fine ingérées. On reste cependant encore sur de l'hypothétique.

Planet : Quelles sont les solutions pour se débarrasser de ce plastique ?

François Galgani : L’éducation c’est la première chose, les gens commencent à prendre conscience de cette pollution. Il y a aussi des décisions politiques comme l’interdiction des sacs plastique en France, beaucoup de pays suivent. L’interdiction des plastiques à usage unique au niveau européen qui est en cours dans la cadre de la stratégie plastique de l’UE. Dans les années à venir, il n’y aura plus de pailles, assiettes, etc. à usage unique dans les pays européens. Du côté de la pêche, il y a des mesures de bonnes pratiques et l’amélioration du recyclage des filets. L’Europe a accepté de financer 200 000 emplois d’ici 2030 pour améliorer le recyclage mais aussi de favoriser l’usage de matériaux qui se recyclent mieux. Aujourd’hui c’est un gros enjeu du tri. Pour recycler des objets en plastique, il faut soit qu’il soit homogène soit séparer les différents plastiques qu’il contient, et ça demande du temps et de l’argent. A cet égard, un autre problème s’annonce : l’industrie commence à utiliser des copolymères qu’on ne sait pas du tout recycler.

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