SNCF : une nouvelle hausse des salaires qui passe mal auprès des Fançais
Alors que l'inflation s'établit à 0,9 % en 2025 selon l'Insee, la SNCF prend tout le monde de court en mettant sur la table une enveloppe bien plus conséquente pour ses salariés, notamment les cheminots. Cette stratégie offensive vise un double objectif : acheter la paix sociale durablement et, surtout, rendre les métiers du rail attractifs face à une concurrence de plus en plus agressive.
Une revalorisation supérieure à l'inflation
Les cheminots ont jusqu'au 27 janvier pour voir cet accord validé. Lors de la dernière réunion de négociation qui s'est tenue ce lundi, la direction a dévoilé le détail des négociations annuelles obligatoires. La proposition principale repose sur une augmentation moyenne des rémunérations de 2,56 % pour les 140 000 salariés du groupe. Ce chiffre dépasse largement les prévisions d'inflation pour 2026, soit 1,3 % d'après le ministère de l'Economie, marquant une volonté de redonner du pouvoir d'achat aux agents.
Concrètement, cette hausse s'articule autour d'une augmentation générale des salaires fixes de 0,5 %, versée en deux temps : une première partie au 1er juillet et le solde au 1er octobre. Mais la grande nouveauté réside dans la création d'un mécanisme inédit : la Garantie de Progression Salariale Annuelle (GPSA). Ce dispositif assure à chaque agent une augmentation minimale de 0,6 % par an, qu'il change d'échelon ou non. C'est une petite révolution interne qui vise à fluidifier les carrières et à harmoniser les règles entre les cheminots au statut et les contractuels.
À cela s'ajoutent des primes non négligeables. La direction propose une prime de partage de la valeur de 650 euros et un intéressement moyen estimé à 1 100 euros. Pour que ces mesures entrent en vigueur, l'accord doit être signé par des syndicats représentant au moins 50 % des suffrages (CGT, Unsa, Sud-Rail, CFDT) avant la date butoir.
Un impératif d'attractivité face aux concurrents
Si la direction se montre aussi généreuse, c'est parce qu'elle en a les moyens, mais surtout parce qu'elle n'a plus le choix. Avec un bénéfice net record de 950 millions d'euros au premier semestre 2025, rapporté par Libération (2 milliards pour l'année d'après Capital), la question de la "répartition des richesses" est devenue centrale dans le dialogue social. Toujours selon Capital, la compagnie a "acté que l’ensemble de ses cheminots 'ne pourront pas être payés moins que le Smic + 10 %', soit 1 594 euros net."
L'ouverture du rail à la concurrence (Trenitalia, Renfe, Transdev) ne se joue pas seulement sur les lignes, mais aussi sur le marché de l'emploi. La SNCF doit impérativement recruter pour faire tourner ses trains et pallier les départs. L'objectif est colossal : 20 000 recrutements sont prévus en France rien que pour l'année 2025. Pour attirer les candidats, la direction met en avant une augmentation cumulée des salaires de 2023 à 2026 atteignant 16,4 % en moyenne, contre une inflation de 8,1 % sur la même période. C'est un argument de poids pour séduire les jeunes talents qui pourraient être tentés par le secteur privé.
La paix sociale achetée au prix fort
Au-delà des chiffres, c'est un nouveau modèle social qui se dessine. La direction a réussi son pari du "dialogue à froid" en décalant les négociations, évitant ainsi les grèves de fin d'année. C'est précisément pour cela qu'elle augmente les salaires de manière anticipée : elle veut casser la culture du conflit systématique.
L'harmonisation des statuts est aussi au cœur de la manœuvre. L'impact de la GPSA sur les cheminots sera significatif, car ce dispositif permet de rapprocher les conditions d'évolution des contractuels - qui représenteront bientôt la moitié des effectifs - de celles des statutaires. En maintenant un "cadre social de haut niveau", comme l'indique la direction citée par La Croix, l'entreprise espère fidéliser ses troupes et garantir la qualité de service nécessaire pour remporter les futurs appels d'offres régionaux.
Malgré cela, les usagers ont dû subir une grève de la part de la CGT et du Sud-Rail le mardi 13 janvier, et au autre préavis pourrait être déposé pour le 20 janvier. C'est aussi pour cela que ces hausses de salaires ont du mal à passer auprès des Français.