Dans sa dernière création, « L'Île d'Or », Ariane Mnouchkine accole à un rêve de Japon une intention politique qui peine à faire véritablement théâtre. Si la beauté des images, la magie du lieu et la poésie de certains tableaux éblouissent, le propos manque de finesse et de profondeur, générant un sentiment de décalage entre la forme et le fond.
"L’Île d’Or" au théâtre du Soleil : voyage manqué vers l’Extrême-Orient

Parvenir jusqu’aux grilles bleues de la Cartoucherie, cet ensemble de théâtres au cœur du bois de Vincennes, constitue déjà une petite expédition. Retirer son billet dans la roulotte qui fait face au théâtre du Soleil avant de pénétrer dans l’enceinte du bâtiment marque ensuite le début d’une expérience qui dépasse la seule représentation – les fidèles le savent bien. Le « Soleil », c’est à la fois une troupe, un lieu, et une philosophie : celle d’un théâtre total et ouvert sur le monde, endroit d’accueil et de partage essentiel.Ici, pas de démarcation entre acteurs et spectateurs : les espaces sont ouverts, décloisonnés (même les loges), et c’est Ariane Mnouchkine en personne qui nous invite à partager un repas dans l’immense salle commune floquée aux couleurs du spectacle. Quand en 2016 Une chambre en Inde proposait mets hindous en tout genre, c’est l’univers du Japon qui nous accueille cinq ans plus tard – lions géants du peintre Hokusai sur les murs, lampions suspendus au-dessus de grandes tablées, bières Kirin et onigiri, ces fameuses boulettes de riz enveloppées d’algue, pour nous préparer au voyage. Les pièces du « Soleil » sont indissociables de ce lieu qui les fait naître...