Retraite : les inégalités qui persistent entre les femmes et les hommes
Les inégalités entre les femmes et les hommes sont encore très nombreuses, même une fois à la retraite. A-t-on fait ce qu'il fallait pour corriger le tir ?

Ce devait être la grande cause du quinquennat. Ce sera peut-être celle du prochain mandat. Depuis le début de sa mandature, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de répéter combien le combat des femmes pour l’égalité mais aussi contre les violences sexistes et sexuelles constituaient l’une de ses plus importantes priorités. Il a aussi décidé d’en faire la grande urgence de la suite de son action politique, comme le rappelait France Info le 8 mars 2022. Force est de constater, en tout cas, que les inégalités persistent et notamment à la retraite. Florence Legros, économiste et directrice de l’ICN Business School dresse pour Planet un portrait effrayant de la situation en France. Plus d’informations à ce propos dans le diaporama que vous retrouverez en conclusion de cet article.

Cause des femmes : l’action du président s’est-elle avérée suffisante ?

Quelques jours après la journée internationale des droits des femmes, plusieurs associations dressent un bilan assez acerbe de l’action gouvernementale entreprise ces cinq dernières années. "Nous prenons acte des efforts, mais les mesures entreprises ces cinq dernières années n'ont pas permis de transformer un système profondément sexiste. Les moyens ont été trop faibles et de multiples erreurs et ambiguïtés ont questionné la réalité de l'engagement de la France", écrivent ainsi plusieurs ONG et associations (Oxfam France, Equipop, Care France, la Fondation des Femmes, le Planning familial ainsi que One France) qui signaient un rapport publié le 8 mars 2022.

En 2022, Emmanuel Macron ne consacrait que 0,25% du budget général à la "grande cause de son quinquennat". De même, les avancées en matière de lutte contre les violences faites aux femmes sont jugées "insuffisantes", rapporte La Dépêche. Seul point encourageant ? L’avancée des droits sexuels et reproductifs (allongement des délais pour l’ IVG, élargissement de l’accès à la PMA), rappellent ces associations.

1 - Le montant des pensions

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1 - Le montant des pensions

En matière d’inégalités entre les femmes et les hommes à la retraite, le montant de la pension constitue évidemment le fond du problème, explique l’économiste Florence Legros, directrice de l’ICN Business School. "L’écart est important. En 2018, ce qui correspond aux dernières données publiées par la Drees, la pension moyenne des femmes était de 1 110 euros par mois quand elle s’établissait à 1 784 euros mensuels pour les hommes. Ce n’est pas anodin et ce n’est pas seulement lié aux derniers salaires", observe la spécialiste dans nos colonnes, qui s’attarde sur les pensions issues du régime général.

2 - Le taux de remplacement

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2 - Le taux de remplacement

Le taux de remplacement est un facteur essentiel dans le calcul du montant des pensions de retraite. "Il correspond au pourcentage du dernier revenu d’activité que vous conservez lorsque vous partez à la retraite. Autrement dit, il mesure l’impact de votre départ à la retraite sur votre niveau de vie, par rapport à votre dernier revenu d’activité", résume La Retraite en Clair sur son site. 

"En 2018, la Drees soulignait aussi l’important décalage existant entre le taux de remplacement des hommes, qui s’établissait à 75% en moyenne, et celui des femmes, qui ne dépassait pas 54,6% du dernier revenu environ", rappelle Florence Legros. "En tout et pour tout, les problèmes de revenus pré-retraite correspondent à 62% du montant des inégalités femmes-hommes une fois venue la cessation d’activité, à en croire le Conseil d’orientation des retraites", indique-t-elle encore.

3 - Le problème des carrières

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3 - Le problème des carrières

"La racine du problème se trouve aussi dans les choix de carrières qui s’offrent aux femmes. A trente ans, les femmes nées en 1954 (c’est-à-dire celles qui partent à la retraite aujourd'hui) avaient validé 39,8 trimestres de cotisations d’après la Drees. Comparativement, les hommes de la même génération en affichaient 44,2. Pourtant, les femmes ne commençaient pas à travailler beaucoup plus tard : elles ont dû faire face à des interruptions de carrière et au morcellement de leur vie professionnelle", souligne l’économiste ; non sans rappeler qu’un départ à la retraite à taux plein sans avoir à travailler beaucoup plus que ne l’exige la loi sous-entend d’avoir validé tous ses trimestres entre 20 et 30 ans. Il s’agit donc d’un âge pilier, essentiel dans le bon déroulé de la carrière.

"Le problème ne se pose pas seulement en durée d’assurance : il faut également parler de la qualité de la carrière : les femmes sont moins cadres, elles ont tendance à travailler dans des secteurs moins rémunérateurs et même à service équivalent, elles s’orientent généralement vers des activités qui paient moins bien. C’est en partie pour cela qu’à carrière complète, en faisant abstraction des éventuelles interruptions évoquées, l’écart entre la pension d’une femme (1 480 euros en moyenne) et celle d’un homme (1 980 euros en moyenne) est de 500 euros", poursuit encore la directrice de l’ICN Business School. "C’est dévastateur".

"La durée d’assurance, souligne encore le COR, représente 35% des raisons d’inégalités entre les femmes et les hommes, une fois à la retraite. Rappelons d’ailleurs que les congés maternités sont particulièrement brutaux pour les carrières des femmes : il s’agit de trimestres assimilés, pas cotisés. Ils ne comptent pas pour le montant de la pension", souligne-t-elle encore.

4 - Les inégalités de revenus en fin de vie

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4 - Les inégalités de revenus en fin de vie

Les femmes, explique encore Florence Legros, souffrent davantage que les hommes d’une perte de pouvoir d’achat une fois arrivée la fin de vie. 

"Notre système de retraite accorde des pensions décentes et propose un système de réversion de même nature pour accompagner le conjoint survivant. Mais l’écart considérable qui existe entre les niveaux de rémunérations crée forcément un choc des revenus quand le mari décède. Cela pose un certain nombre de problèmes financiers, en plus du deuil qu’il faut déjà affronter : les femmes seules sont généralement âgées et ont besoin d’aide qu’il leur fait payer. La désindexation des retraites sur les salaires signifie qu’elles voient mécaniquement leur pouvoir d’achat se dégrader après le décès de leur conjoint, malgré la réversion", rappelle en effet l’économiste.

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5 - Les écarts inexpliqués

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5 - Les écarts inexpliqués

"Dans la décomposition de la racine des inégalités entre les femmes et les hommes, le Conseil d’orientation des retraites fait état de plusieurs éléments. La durée d’assurance totale joue globalement pour 35% du problème. Le montant de la rémunération perçue tout au long de la carrière représente, lui, 62%. Les minimas sociaux, dont les femmes sont les principales bénéficiaires, viennent compenser pour 8% environ, déjà pris en compte dans les chiffres évoqués. Reste donc 18%, qu’il est aujourd’hui impossible d’expliquer. C’est un écart conséquent et cela n’a rien d’anodin", assène encore l’économiste.

6 - La situation évolue-t-elle dans le bon sens ?

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6 - La situation évolue-t-elle dans le bon sens ?

"Pour la génération 1926, dont il ne reste sans doute plus - ou presque plus - de représentants aujourd’hui, la différence entre la retraite des femmes et celle des hommes atteignait pratiquement 54%. La génération de 1940 fait mieux : l’écart se réduit à presque 46%. Enfin, pour la génération de 1952, le fossé est de 32,7%. Force est de constater que le trou se rebouche, mais il le fait si lentement et il reste si important qu’il est difficile de dire s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle", estime Florence Legros pour qui il s’agit bien davantage d’une tendance générale que de l’action revendiquée par le gouvernement en place.